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2015 - 2016 : Transmettre l’essentiel
les Annales sont parues !
10 septembre 2015

Dans une société en panne de repères, quel est l’essentiel que nous devons transmettre pour que l’homme, aujourd’hui et demain, puisse continuer de grandir en humanité ?

Pour éclairer la route à travers une réflexion partagée, nous nous proposons d’échanger sur quelques points essentiels : Que proposer face à l’impasse du relativisme ? Comment favoriser la rencontre plutôt que le choc des civilisations ? Que peut le politique pour instaurer plus de justice ? La bienveillance dans les relations humaines, la confiance comme fondement des relations sociales et de l’activité économique, le partage équitable des ressources, peuvent-ils être encore à la racine d’un héritage commun ? Quelles reconversions de pensée oser, quelles formations assurer, quelles actions engager ?

Et si en fin de compte il s’agissait de penser en termes d’écologie humaine intégrale ?

L’urgence de transmettre
Louis Manaranche, Président du laboratoire d’idées Fonder Demain
- octobre 2015

L’urgence est de mise. La chaîne de transmission est menacée. Les nouveautés semblent oublier les leçons du passé. Du relativisme ambiant, qui considère que toutes langues, cultures ou modèles sont équivalentes, à la dilution de l’identité commune, fruit de facteurs extérieurs et des vagues migratoires notamment, les défis ne cessent de s’accumuler.

Indéniable, l’urgence de transmettre n’est pourtant pas plus urgente aujourd’hui qu’hier. Au XIIème siècle , la réponse du philosophe Bernard de Chartres à l’affirmation de Guy de Provins - « les hommes d’autrefois étaient beaux et grands, ce sont maintenant des enfants et des nains » - se veut déjà une expression de cet impératif. Face à ce culte du présent et de l’instantanéité, Bernard de Chartres répondait ainsi : « Nous sommes comme des nains assis sur des épaules de géants. Si nous voyons plus de choses et plus lointaines qu’eux, ce n’est pas à cause de la perspicacité de notre vue, ni de notre grandeur, c’est parce que nous sommes élevés par eux »(Jean de Salisbury, Metalogicon, v.1175).

Loin d’être critique, l’expression de Bernard de Chartres est un véritable hommage à ses prédécesseurs et ne cesse de rappeler la dimension cumulative du savoir, nécessaire à la progression de la connaissance contemporaine. Le respect des penseurs du passé ou « géants » constitue l’essence même de la transmission : donner, puis transformer ce qui a été reçu en quelque chose de neuf.

Ce terme inclue la notion de tradition, censée donner « les conditions d’un renouveau » comme l’affirmait Hannah Arendt, mais va même plus loin puisqu’il missionne. Ainsi, on reçoit quelque chose pour le porter aux périphéries, et non pas pour se complaire dans ce qui nous a été transmis.

Famille, mouvements de jeunes, musées, ... les lieux ne manquent pas pour assurer cette transmission. Pourtant, c’est dans l’un des principaux lieux d’émancipation de l’enfant que s’est réellement produite la rupture de la transmission : l’école.

Auparavant, un relatif consensus existait, non pas sur les finalités éducatives de l’école mais sur sa finalité d’instruction. Chacun s’entendait pour dire qu’il fallait transmettre un savoir de manière verticale, hommes en soutane et hussards noirs compris. Dans leur manifeste de 1905, les instituteurs syndicalistes estimaient ainsi que le maître conférait son enseignement « au nom de la vérité » et qu’il ne saurait « être soumis aux fluctuations d’une majorité ».

Aujourd’hui, le mot maître a quasiment disparu, sa fonction a été atteinte, détruisant ainsi ce à quoi il servait. Le savoir reçu du passé est sinon devenu suspect, en ce qu’il perpétue un ordre dépassé et vecteur d’inégalités, du moins incertain et soumis à la subjectivité de l’élève qui, depuis la révolution « pédagogiste », ne doit plus recevoir son savoir mais le construire lui même.

Une problématique accentuée par la fascination actuelle pour le progrès technique et technologique, avec internet notamment. Certes utiles, les outils numériques sont désormais placés au-dessus de ceux qui peuvent transmettre, et le savoir du maître est sans cesse défié. Le sentiment que rien ne pourrait être transmis, puisque tout est en ligne, a largement corrompu les jeunes générations.

Pour répondre à cette urgence de la transmission, la transformation de toutes les sphères de la société est donc devenue une nécessité et doit être fondée sur l’importance donnée à la parole. On en revient ainsi au premier lieu de transmission, la famille, et à la place de la parole dans cette entité. Quelle place va-t-on donner à la parole de l’enfant ? Accédera-t-il à une parole structurée ? Les bases de la transmission ont-elles été établies autour d’une table familiale ? Ces questions doivent se poser pour que toutes les conditions d’une bonne transmission en famille soient réunies. Et comme le disait Saint-Jean, dans le prologue de son évangile, « au commencement était le verbe ». Qu’il le soit encore aujourd’hui ...

L’impasse du relativisme
Rémi Brague, Membre de l’Académie des Sciences morales et politiques
- novembre 2015

« L’on est en train de mettre sur pied une dictature du relativisme qui ne reconnaît rien comme définitif et qui donne comme mesure ultime uniquement son propre ego et ses désirs » . Ces mots du pape émérite Benoît XVI résonnent avec autant d’importance aujourd’hui que lorsqu’ils furent prononcés le 18 avril 2005 pour l’ouverture du conclave. Le concept de relativisme apparaît comme un ennemi, mais un ennemi séduisant qui plaît à un grand nombre. Pourquoi ?

Un ennemi et un ami

Comme le scepticisme, le subjectivisme ou l’historicisme, qui prétend que la vérité ne serait que provisoire, le relativisme est un des « méchants » qui hantent la conscience européenne. Tout cela forme une nébuleuse dont les éléments sont plus des gaz indistincts que des étoiles bien précises. Mais il a aussi du bon, car il permet de remettre en cause les prétentions de certains faux absolus à s’ériger en absolus uniques. Ainsi l’islamisme. On l’a dit de la déclaration « universelle » des droits de l’homme, contestée par ceux qui n’y voient que la généralisation indue de la vision occidentale de l’homme blanc et de ses privilèges.

Une compréhension faussée de la théorie de la relativité

L’attrait du relativisme s’explique en partie par la théorie de la relativité ou plus exactement par ce qu’en comprend le « bon populo » (que nous sommes tous, au moins pour une part) pour qui « tout est relatif, Einstein l’a prouvé ». Cette compréhension populaire de la théorie de la relativité, comme base scientifique du relativisme, a tout faux. La théorie porte un nom qui dit exactement le contraire de ce qu’elle est : Einstein a établi l’existence d’un absolu, la vitesse de la lumière, par rapport auquel le reste est relatif.

Autodestruction

Le relativisme n’est que relatif. Il épargne le noyau des sciences dures et leurs certitudes absolues. Quoique, quand l’une de celles-ci se révèle gênante, le relativiste l’ignore. Si la biologie établit qu’il y a parfaite continuité entre l’œuf fécondé et le fœtus prêt à naître, on l’oublie pour avorter…

Mais le relativisme comporte en lui-même sa destruction. On connaît la réfutation habituelle : il se contredit en s’affirmant soi-même comme vérité absolue. Elle n’a jamais dérangé personne, car il suffit de formuler la thèse comme une question. Ainsi, le « que sais-je ? » de Montaigne. La vraie limite du relativisme est qu’il garde un absolu, le sujet censé choisir entre diverses vérités celle qui lui convient. Benoît XVI l’a bien vu. Le premier prétendu relativiste, le sophiste grec Protagoras, disait « la mesure de toutes choses, c’est l’homme ». Il soutenait donc un absolutisme anthropocentriste.

La réponse en Dieu

Alors peut-on vivre pour du relatif ? Peut-on donner la vie si tout n’est que relatif ? Sans être une nécessité absolue, la poursuite de l’aventure humaine est tout de même une sorte d’absolu relatif. Mais elle ne continuera que si au delà de cet absolu relatif il y a « un absolu absolu », c’est-à-dire un être qui existe à partir de soi : Dieu. Un Dieu non pervers, bienveillant qui n’absorbe pas tout ce qui n’est pas Lui, un Dieu créateur qui est le seul capable d’expliquer pourquoi il est bon que nous soyons là. Il est la réponse au relativisme.

La rencontre des civilisations
Marc Fromager, directeur de l’Aide à l’Eglise en Détresse - AED
- Décembre 2015

Dans un monde globalisé qui se rétrécit – on parle de « village planétaire » - les civilisations sont de plus en plus en contact. Une rencontre source de tensions, à la fois positive, dans la mesure où elle peut déboucher sur la découverte d’une certaine complémentarité basée sur le dialogue, et négative, en suscitant un repli identitaire et la radicalisation de certaines communautés religieuses. A l’heure où les chrétiens sont l’objet de persécutions dans de nombreuses régions du monde – le rapport bisannuel de l’AED le démontre – le christianisme apparaît pourtant le mieux à même de s’adapter à ce nouvel environnement. Pourquoi ?

L’humanité se rapproche du Christ

Dans un « village », il y a deux options possibles : la ghettoïsation ou la cohabitation. Pendant des siècles, le Moyen-Orient a vécu la cohabitation des communautés et des religions, alors que l’Europe, malgré les affrontements entre catholiques et protestants, était plus monolithique. Aujourd’hui, les choses s’inversent : l’Europe est en train de se multi-culturaliser et le Moyen-Orient se ghettoïse un peu plus chaque jour. Le plan israélo-américain de fragmentation de la région se conjugue avec la confrontation entre sunnites et chiites pour aboutir à une séparation des communautés, avec en vue des zones mono-ethniques et mono-religieuses.

Si le poids que font peser les multiples lois du judaïsme et de l’islam - des interdits alimentaires aux pratiques religieuses - est tolérable dans une optique de communautarisation ou de ghettoïsation, il devient plus difficile à supporter dans une société ouverte. Le christianisme offre quant à lui un cadre juridique et culturel plus souple et moins pesant. C’est pourquoi il apparaît bel et bien comme la religion de la libération. On mesure en Afrique, au Moyen Orient mais aussi en Inde, combien son message est libérateur.

C’est probablement la raison pour laquelle il se développe. Alors même que dans ses deux berceaux historiques, le nombre de chrétiens diminue – en Europe, à cause de la crise de la transmission et en Orient, du fait de la pression de l’islam et des ingérences occidentales, en Irak et en Syrie notamment – il y a ailleurs de plus en plus de conversions. En Chine, il y a chaque jour entre dix et vingt mille nouveaux chrétiens et l’on peut également compter des millions de conversions chaque année à travers le monde, en Afrique, en Indonésie … et même en Arabie Saoudite ! C’est d’autant plus étonnant que, contrairement à la conversion à l’islam, celle au christianisme n’apporte aucun avantage économique ou social. Elle fait mieux que cela : elle offre Jésus-Christ.

Mais ce sont surtout les valeurs chrétiennes qui progressent et, en particulier, le concept de l’égale dignité entre tous les hommes. Un développement porté par l’ « occidentalisation » de la planète, qui peut avoir des côtés positifs parce que son soubassement est la civilisation judéo-chrétienne. Pour autant, le prix à payer est souvent lourd.

La rançon du succès

En effet, ce sont les chrétiens qui sont le plus concernés par la limitation ou l’absence de liberté religieuse dans le monde. D’origine politique ou religieuse, cette discrimination touche plus de 200 millions de chrétiens à travers le monde. En Chine, la liberté apportée par l’évangile dérange. En Inde, où le christianisme ne représente que 2,6% de la population, les chrétiens sont de plus en plus menacés car la foi chrétienne et le système des castes sont incompatibles.

Le constat est le même du côté de l’islam. La propagation des valeurs chrétiennes – l’égale dignité entre l’homme et la femme, en premier lieu – inquiète les musulmans fondamentalistes qui trouvent refuge dans un retour fantasmé à la gloire des origines de l’islam. Pour autant, on constate une certaine résistance contre cette wahhabisation de l’islam et une inquiétude croissante des intellectuels et responsables musulmans devant sa radicalisation. L’intervention du président égyptien Al-Sissi en décembre 2014 à l’université Al Azhar du Caire en est l’illustration.

Alors, comment gérer cette rencontre des civilisations sur notre territoire ? Tout d’abord, par la fermeté politique à l’égard de l’islam radical, dont la très grande majorité des musulmans ne veulent pas. Par la fermeté religieuse et le dialogue ensuite, mais un dialogue qui n’évite pas les questions gênantes et, en particulier celles des sourates belliqueuses du Coran. Des structures d’accueil pour les musulmans qui souhaitent se convertir doivent aussi être mises en place dans les diocèses. Il y a urgence.

Nota : un résumé de ce texte est paru dans le N°1982 de famille chrétienne du 9 au 15 janvier 2016 en page 25.

Le juste exercice du pouvoir
Madeleine de Jessey, Cofondatrice de Sens commun
- janvier 2016

La loi Taubira. Ce terme symbolise à lui seul la crise de la politique et de sa juste finalité : le bien commun. C’est, en effet, lorsque le pouvoir est orienté vers le bien de la cité, le bien de tous, qu’il atteint sa vocation, qu’il permet à l’homme de grandir en humanité..

Une vocation bafouée

Or, lors du débat sur l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de personnes de même sexe, le pouvoir politique a tout simplement perdu de vue cette idée de bien commun, allant même à son encontre. Cette loi n’avait plus comme finalité le bien de tous mais bien celle de satisfaire une communauté, le lobby LGBT,. Le pouvoir politique n’étant plus exercé justement pour le bien commun, la loi sur le mariage pour tous devenait donc réellement injuste.

Les conséquences de ce dévoiement sont gravissimes : communautarisation, vision courtermiste ou encore défiance généralisée à l’égard de la politique.

Pour qu’il y ait « juste exercice du pouvoir »,il faut donc restaurer la notion de bien commun. Le pouvoir se doit d’être exercé avec justesse et être perçu comme un véritable service. Une mission pour chaque homme politique, qui a pour impératif de cultiver un certain nombre de vertus et faire œuvre du mot d’ordre de Saint-Jean Baptiste : « Il faut que je m’abaisse pour qu’il grandisse ».

Des politiques vertueux

Pour y parvenir, l’homme politique doit ainsi savoir responsabiliser et non plus entretenir ou infantiliser les citoyens. Si sa vocation est de les faire grandir, il doit donc laisser une part d’initiative à ceux qui sont en dessous de lui.

L’homme politique doit aussi s’effacer quand il le faut. Même si la loi interdisant le cumul de fonctions exécutives locales avec certains mandats, de député ou de sénateur notamment, est une très bonne chose, il ne faut plus seulement limiter le nombre de mandats dans le même temps mais aussi les limiter dans le temps. Toutes les classes d’âges et tous les acteurs de la société civile seraient ainsi représentés dans la sphère politique.

Enfin, l’homme politique doit faire preuve de décence commune. On ne peut bien exercer le pouvoir que si on sait l’incarner, sous peine de le fragiliser. Or aujourd’hui, l’homme politique souffre d’une perte de ces sens du devoir et de l’honneur. Le diktat de l’apparition télévisée et de la politique spectacle en est l’une des explications.

Face à cette désinvolture des hommes politiques vis-à-vis de leurs fonctions, il faut donc s’engager, investir le terrain et ne plus être défaitistes à l’égard de la situation politique actuelle. Nous ne parviendrons à changer la politique que si on parvient à changer, soi même, son rapport au politique et à sa manière d’exercer le pouvoir. Comme le disait Gandhi, « Sois le changement que tu veux voir dans le monde »...

La bienveillance dans les relations
Jean-Eudes Tesson, chef d’entreprise, président de l’Acoss (Caisse nationale des Urssaf), conseiller conjugal et familial
- février 2016

Gentillesse, respect, écoute, patience, … Les mots et les images qui nous viennent à l’esprit à l’évocation de la bienveillance sont nombreux et renvoient tous à des attitudes positives. Ce qui illustre qu’il ne faut pas se limiter à la définition que donne de ce terme Wikipédia, qui la cantonne à une simple« disposition affective d’une volonté qui vise le bien et le bonheur d’autrui ».

La recherche de l’accomplissement personnel

Il serait en effet présomptueux de décider ce qu’est le bien et le bonheur de l’autre. Etre bienveillant consiste à prendre soin des personnes en se mettant à leur écoute et en veillant à ce qu’elles trouvent des réponses à leurs aspirations et à leurs besoins. Par cette écoute et ce regard positif sur le potentiel de chacun, l’homme pourra devenir ce qu’il est et, atteindre son besoin intrinsèque de grandir en humanité. Ce qui fait que la bienveillance nécessite la vérité et passe par l’exigence.

Ce soin apporté aux personnes et à la prise en compte de leurs besoins – alimentaires, de reconnaissance ou de confiance- correspond à un ensemble de comportements. Une attitude que nous avons, par exemple, essayé de développer au sein de la société PAE France avec le « care management ». Véritable plateforme de services, cette offre cherche à régler les dysfonctionnements engendrés par les interactions entre le travail et la vie privée (problèmes de couple, d’éducation des enfants, surendettement, …). Les 5 ingrédients retenus par ce « care management » - la recherche de sens, l’audace d’oser la rencontre, la bienveillance vis-à-vis de soi et des autres, l’unification du corps et de l’esprit et l’engagement – ont pour finalité de permettre à l’homme de donner le meilleur de lui même et donc, de s’accomplir.

La bienveillance avec soi-même, source de la relation avec l’autre

Loin d’être évidente, la bienveillance avec soi-même appelle à une unification de la personne et ce, dans toutes les dimensions de sa vie. Nous sommes souvent tentés d’être autre chose que ce que nous sommes. Ce tiraillement et cette dualité nous font souffrir et vont indéniablement à l’encontre de notre besoin d’unité. S’unifier, c’est d’abord s’accueillir sans rien laisser de côté, ses faiblesses comme ses forces. « L’homme est grand en se reconnaissant misérable » disait Pascal.

Cette nécessaire introspection est au cœur de la réflexion du psychologue Carl Rodgers et de sa notion de « congruence » ou authenticité. « Mon attitude ou le sentiment que j’éprouve, quels qu’ils soient, seraient en accord avec la conscience que j’en ai. Quand tel est le cas, je deviens intégré et unifié, et c’est alors que je puis être ce que je suis au plus profond de moi-même » affirmait-il dans son ouvrage, « Le développement de la personne ». C’est alors que l’on peut aller vers l’autre, en acceptant qu’il soit autre.

La quête de la chasteté

Malheureusement, notre condition humaine fait que nous sommes trop souvent éloignés de ce que nous sommes réellement, allant de la simple dualité à, parfois, un véritable déni d’humanité. Trois tentations, identifiées notamment par le prêtre salésien Xavier Thévenot, empêche l’homme de grandir en humanité : la tentation de l’indifférenciation (peur de l’expérience de l’autre), de la toute puissance (refus de vivre dans le réel) et celle d’un monde sans faille (incapacité d’accepter l’échec qui se manifeste par un perfectionnisme absolu). N’est pas « chaste » tout ce qui vient de ces trois tentations. Est, au contraire, chaste une personne qui ne cherche pas à mettre la main sur l’autre mais l’aide à grandir.

La chasteté des relations est une vertu et le chemin de libération et d’accomplissement auquel nous sommes tous appelés. Cet sainteté des relations passe par une relation ajustée aux autres et à soi-même. Le meilleur exemple de cette estime de soit est le regard que Dieu a sur nous. Un regard emprunt de sentiments amoureux, qui nous regarde comme nous sommes, et qui nous invite à progresser pour être à son image.

La confiance, clef de la réussite
Xavier Fontanet, Président du comité d’éthique du MEDEF
- mars 2016

Tout le monde connaît l’histoire des casseurs de cailloux de la cathédrale de Chartres. Elle se passe au Moyen-Âge, pendant la construction de l’édifice. Il est demandé aux ouvriers ce qu’ils font. Le premier répond : « Je casse des cailloux ». Le deuxième dit : « Je taille des pierres ». Et le troisième explique : « Je construis la cathédrale ». La tâche est similaire mais l’énergie et l’enthousiasme qu’ils peuvent mettre à leur travail ne sont à l’évidence pas les mêmes.

Aujourd’hui encore, chacun dans son travail doit percevoir qu’il à une aventure collective, qu’il partage une ambition commune. Pour parvenir à créer ce sentiment, les entreprises se doivent d’instaurer un climat de confiance. Cela ne se décrète pas mais se crée par des actes quotidiens, dans une démarche aux allures de trinité puisqu’un tel climat repose sur la confiance en soi, la confiance dans l’autre et la confiance dans la stratégie.

La confiance, une trinité

Il faut, tout d’abord, que les salariés se sentent bien dans leur peau, tels de vrais « champions ». La confiance en soi est essentielle dans les entreprises et ce, tout au long de la chaîne. Pour autant, dès qu’une entreprise devient « leader » sur un marché, la confiance risque de se transformer en arrogance. Si elles tiennent à leur performance, les entreprises ont donc la nécessité de trouver un équilibre entre cette confiance bénéfique et un orgueil qui aveugle.

Les salariés doivent ensuite se faire confiance les uns aux autres. Chacun a un talent unique à apporter, mais il dépend aussi des autres car il ne peut pas et ne sait pas tout faire. Le vendeur doit avoir confiance dans le fabricant, puis dans le logisticien, puis dans celui qui facturera ce qu’il aura vendu … L’expérience m’a en outre montré que lorsqu’on fait confiance à quelqu’un on l’aide à prendre confiance en lui.

Rien ne sert, pour autant, de parler de confiance si il n’y a pas de stratégie et surtout, de « bonne stratégie ». Les salariés ont besoin de savoir où ils vont pour progresser. Si un dirigeant a toutes les capacités humaines de sympathie ou de volonté mais que sa stratégie est peu claire, mal connue ou erronée, la confiance ne sera pas au rendez-vous et la perspective d’une réussite s’éloignera.

La personne humaine comme leitmotiv

Pour aboutir à ce climat de confiance et réussir à associer les salariés à leur aventure, les entreprises ont comme impératif de faire de la personne humaine une stratégie en elle-même. Ce fut la force d’Essilor.

Tout l’art d’une organisation consiste, en effet, à trouver où est le génie de la personne et à la mettre à l’endroit où elle sera le plus à même de l’exploiter.

La personne ne se développant que dans la prise de responsabilité, il faut donc que les entreprises fragmentent leur organisation. Chacun doit être mis en situation de prendre un certain nombre de décisions et doit être récompensé si ses décisions sont bonnes ou être incité à se corriger si elles ne le sont pas. Ne pas récompenser ou sanctionner, c’est empêcher le développement des talents. Ce qui importe c’est de faire grandir les gens. Alors votre entreprise deviendra performante.

Le sens du travail
Pierre-Yves Gomez, Professeur de Stratégie et Directeur de l’Institut Français de Gouvernement des Entreprises à emlyon business school
- avril 2016

Faire vivre des communautés de destin pour construire le bien commun
Guillaume de Prémare, Délégué général d’Ichtus
- mai 2016

 
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