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La fascination de la mort chez certains jeunes
28 janvier 2014
par Philippe Vaur

Chef de service pour les thérapies paramédicales à l’hôpital de La Verrière


« Dans la population générale, l’approche événementielle des conduites suicidaires chez les adolescents ( à dos les sens !) mène très souvent à deux types d’attitude : l’incompréhension totale... ou la désignation d’un responsable...! Plus l’individu est jeune, plus ces positions contrastées sont actives. On conçoit qu’il en soit ainsi tant apparait inacceptable qu’un adolescent ou adulescent songe à se laisser fasciner par la mort...? Si un millier de ces adolescents meurent tous les ans en notre pays, beaucoup se réveillent à la vie du fait de la qualité des services de secours.... que m’ont-ils dit à leur éveil en réanimation...? C’est de leurs mots (maux) que je souhaite vous entretenir, Si nous faisons du maux à mots pour mieux DISCERNER.

Docteur Lafont : Dans le cadre de notre cycle sur la mort, nous sommes invités à nous pencher sur le contexte particulier du suicide, double drame qui rassemble celui de la mort elle-même et son déclenchement volontaire. Une réponse négative à la question fondamentale, « Dois-je et suis-je capable d’assumer la vie qui m’a été donnée ? » Le « Petit traité de la joie » de Martin Steffen, ouvrage qui vient de recevoir le prix « Humanisme chrétien » décerné en partenariat par notre Académie, met justement l’accent sur le nécessaire consentement à la vie comme disposition fondamentale pour accéder à la joie.

Et nous avons choisi de nous intéresser au suicide des adolescents et jeunes adultes. Une des tristes particularités de notre époque est, en effet, malgré une diminution du nombre des décès par suicide chez les jeunes le taux des suicides reste élevé. Avec 15 % du total des décès, le suicide représente la deuxième cause de mortalité chez les moins de 20 ans.

Philippe Vaur, que j’ai l’honneur et le plaisir de vous présenter, est un homme de terrain. Nous nous sommes connus à l’hôpital Necker où il étudiait l’ergothérapie, s’astreignant simultanément à une longue formation à l’institut de Psychanalyse de Paris, auprès du professeur Leibovici. Puis, muni d’un DEST de physiologie, « travail et ergonomie », il met en œuvre sa formation dans le service de chirurgie du professeur Faivre, qui lui confie la tâche de l’intégration des handicapés dans le monde du travail. Nommé chef de service pour les thérapies paramédicales à l’hôpital de La Verrière, il est notamment chargé du suivi des jeunes suicidés, qu’il poursuit pendant plus de vingt ans. C’est ainsi qu’il accompagne plus de 1 000 jeunes rescapés après leur accident.

Il a écrit et collaboré à de nombreuses publications, et il fait de nombreuses conférences. Avec le professeur Henri Joyeux, il a publié un livre au titre provocateur : « Le suicide, pourquoi pas ? »

Philippe Vaur : Chers amis plutôt qu’une communication, je souhaiterais tenter de vous donner un certain nombre de points forts qui pourront peut-être nous aider à réfléchir.

PREMIÈRE PARTIE Statistiques

Le premier point, c’est le grand débat : combien y a-t-il d’adolescents qui meurent par suicide, par an, en France ?

Si vous regardez les statistiques officielles en France, c’est de 930 à 950 ; je précise bien, de suicides réussis. Vous voyez déjà dans quelle société nous sommes : au lieu de dire “de suicides aboutis” on dit de “suicides réussis”…

Ce chiffre officiel est pertinemment faux pour deux raisons :

– la première : le nombre de suicides d’adolescents qui est donné, c’est quand sur l’acte de décès il est écrit “l’acte de suicide” ou “autolyse” certains médecins préfèrent ce terme. En fait, le médecin, quand un jeune décède à la suite d’une tentative de suicide, n’ose pas ou ne souhaite pas mettre le diagnostic “suicide”. Accident de la voie publique, accident vasculaire, tout ce qu’on peut imaginer.

Donc, en France on pourrait prendre comme chiffre réel au moins 25 % de plus, c’est-à-dire 1 200 morts entre 11 et 24 ans puisque c’est maintenant ce qu’on appelle l’âge de l’adolescence et du jeune adulte. Vous ne le verrez jamais publié mais c’est le nombre réel.

– Deuxième raison : les statistiques voudraient que “être adolescent” c’est ne pas dépasser vingt ans donc on ne tient pas compte des 20-24. Je suis incapable de vous dire le vrai nombre mais nous ne sommes pas loin des 1 400, 1 500 réels. Donc nous perdons quand même en France plus de jeunes par an que de solsdats en cas de conflit, pour vous donner une idée. C’est le premier point sur les chiffres.

Qu’est-ce que l’ADOLESCENCE ?

L’adolescence, c’est d’abord une crise physiologique. On n’est pas dans la psychologie, on est dans la physiologie.

On a une glande qui s’appelle l’hypophyse qui jusqu’à présent jouait La Petite musique de nuit de Mozart. Du jour au lendemain, en moins de trente-six heures - c’est moins d’un week-end -, elle se prend pour Karajan et joue la Symphonie Fantastique de Berlioz à la mode Karajan. C’est une comparaison purement musicale mais je pense que vous voyez à peu près ce que cela donne.

L’adolescence, c’est l’éveil de la totalité du système hormonal, donc c’est un état naturel physiologique dans l’ordre de l’humain qui grandit. Ce n’est pas une invention des psy.

Le premier qui a fait des travaux sur ce sujet est un grand cancérologue qui s’appelait le Professeur Jasmin – probablement quelques uns l’ont connu à Villejuif – il s’occupait d’enfants ayant certains cancers et, les ayant à demeure, il pouvait assez facilement mesurer quand l’hypophyse se mettait en pleine activité, car cela était fort important pour les chimiothérapies.

Nous n’allons pas entrer dans les détails mais, un jour vous confiez votre enfant à un couple d’amis. Le dimanche soir après avoir été au mariage de Tatie Danièle, vous récupérez un jeune homme. Cela se déroule sans que personne pas même le sujet n’ait été averti.

Et voilà pourquoi cela peut devenir une crise psychologique après une évolution physiologique, parce que ce n’est pas simple, cet énorme changement, sans en avoir été informé.

C’est nettement plus clair chez les jeunes filles que pour les petits garçons. Les jeunes filles peuvent dater le moment où les hormones commencent à fonctionner totalement puisque c’est du jour au lendemain. Mais le petit garçon, personne n’ait prévenu. Quand cela commence et aussi quand cela finit ?

Alors l’adolescence (c’est pour cela que je vous l’ai écrit sur mon texte de présentation en quatre mots) A DOS LES SENS. Ce n’est pas un jeu de mot de psychanalyste complètement torturé c’est parce que cela devrait être la véritable orthographe. Tous les sens, au sens presque neurologique et endocrinologique, sont mis en activité en moins de trente-six heures. C’est extrêmement rapide. C’est non prévu et cela bouleverse complètement l’état d’un petit humain et aussi son entourage, famille, amis, éducateurs,…

La crise, au sens grec, est toujours positive car elle veut dire : un bouleversement inattendu. Et ce boulversement est une étape naturelle de l’humain, il faut donc bien entendre le mot CRISE dans son aspect positif. Et tous les humains qui traversent positivement une crise, grandissent et acquièrent une nouvelle liberté de discernement. Donc ce n’est pas une révolution, c’est une crise.

Deuxièmement, contrairement à ce que l’on croit, nous vivons trois adolescences.

Puisque c’est hormonal, je vais dire pour imiter un professeur d’histoire, qu’il y a 14-18 et si c’est mal traité, il va falloir payer la facture en 39-45. Parce que l’humain, du fait de son équilibre hormonal, va recommencer cette crise vers 39-45 ans ; et enfin vers 65 ans… Nous sommes trois fois, au cours de notre parcours de vie, adolescent.

Si vous regardez tous les chiffres, dans l’entreprise ou ailleurs, 39-45 ans c’est la période où l’on retrouve la quantité de divorces et de réengagements avec une autre personne. Il y a une énorme difficulté dans cette période. Et c’est la période où l’on a les premiers troubles hormonaux, monsieur ou madame.

La troisième crise se tourne autour de 62-63 ans. C’est là où le système hormonal devient, on va dire, un peu fainéant. Donc l’homme, monsieur ou madame, fait trois crises d’adolescence et non pas une.

Et le problème c’est que si elle n’a été pas bien jouée à l’adolescence, elle va très mal se jouer chez l’adulte jeune et c’est l’âge où des tas d’adultes prennent des responsabilités dans l’entreprise, ici ou là.

D’où l’énorme intérêt d’essayer d’y réfléchir ne serait-ce que lorsqu’on fait des promotions dans l’entreprise. On devrait presque demander à certains sujets : « comment s’est passée votre adolescence ? » pour savoir s’il est possible de le nommer responsable, manager comme on dit.

Vous avez tous vu autour de vous des personnes de 39-45 ans pour qui, si on pouvait leur mettre un coup de pied dans le derrière, ce serait tout ce qu’ils méritent. Vous en avez vu certainement un grand nombre.

C’est donc le deuxième point, l’adolescence, nous la faisons trois fois dans notre vie. Uniquement pour une question physiologique au départ puis avec une adaptation et c’est là où va intervenir ce qu’on peut appeler le psychique, plus ou moins calme, plus ou moins ebréché, voire dépressif.

Quand commence cette adolescence ? C’est notre troisième question préalable.

Quand ?

Là, il y a un vrai problème pour nous dans un pays à qualité intellectuelle et économique élevée. L’adolescence survient de plus en plus jeune. 1985 : les études nous montrent que l’adolescence, chez les Français, était au troisième trimestre de la classe de 3e pour la majorité, évidemment il y avait des écarts.

Vous avez le souvenir d’adolescents qui étaient parfois un peu difficiles dans les lycées ou collèges, on les mettait en seconde pour qu’on les dresse. C’était la seconde qui était la classe difficile.

Aujourd’hui, en moins de trente ans, l’adolescence démarre physiologiquement au deuxième trimestre de la classe de 5e. On est passé de la fin de 3ème, à Pâques en 5ème !

Pourquoi ce changement ? Personne n’a un début de réponse ni physiologique ni psychologique. Jusqu’où cela va aller ? Je suis bien incapable de vous le dire.

Mais l’adolescence commence aujourd’hui au mi-temps de 5e. Cela commence donc beaucoup plus tôt qu’auparavant.

Autre changement, en 1985 cela se terminait autour des 19 ans. Il y avait des points de repère sociaux : le service militaire, le conseil de révision où on allait pour le recrutement. Il y avait des rites sociaux. Il n’y a plus assez de rites sociaux à notre époque, où sont les phares qui permettent de naviguer ?

Sociologiquement et psychologiquement la fin de l’adolescence se situerait autour de trois repères :
-  l’autonomie financière
-  l’autonomie du TOIT
-  l’autonomie sentimentale.

La fin de l’adolescence, pour un pays comme le nôtre, est donc autour de 24 ans…

Donc l’adolescence dure au moins douze ans. Cela fait un trop long parcours ! Pour les parents qui ont eu l’esprit extrêmement aventurier de faire 3 ou 5 enfants, ils ont pris un engagement pour un quart de siècle sans le savoir. Ce n’est pas le sujet du jour mais, comment la parentalité est-elle soutenue par les pouvoirs publics ?

Cela c’est très important parce qu’on est obligé maintenant dans les services d’adolescents d’ouvrir nos portes dès l’entrée en 6ème ! Quand j’ai commencé mes études, on mettait un enfant de 11 ans dans ce qu’on appelait la pédiatrie. On ne peut plus les mettre en pédiatrie, surtout en Santé mentale… Vous imaginez toutes les difficultés, vous voyez aussi toutes les questions qui vont en découler.

Je veux aussi vous rappeler que la crise du milieu de vie (CMV) portait un nom. Vous avez dû le voir dans de nombreux textes. Cela s’appelait : le démon de MIDI. Midi étant la mi-journée et par association c’est le mi-parcours de la vie. Ce n’est pas nouveau ! Platon parle de la crise du milieu de vie. Ce n’est pas une découverte extrêmement récente.

On va donc pouvoir dire qu’il n’est pas aberrant qu’il y ait plus de suicides aujourd’hui puisque l’espace-temps de l’adolescence s’élargit. Mais cela ne répond pas à l’ensemble des chiffres.

DEUXIÈME PARTIE

Y-a-t’il une fascination de la MORT ou bien une grande PEUR de la vie ? Je vais essayer de vous proposer les 5 syndromes les plus fréquents que l’on trouve chez des adolescents ou des jeunes adultes qui ont tenté de se suicider.

Tout ce que je vais vous dire maintenant, j’ai pu le récolter pendant une bonne vingtaine d’années auprès d’adolescents qu’on a récupéré par les cheveux, plus ou moins facilement, grâce au samu et à d’autres systèmes de réanimation.

Au passage, si notre SAMU et les services de réanimation de nos hôpitaux n’étaient pas aussi efficaces… Vous imaginez le nombre de décès. Il y a 30 ans, la réaniamtion n’était pas de la qualité d’aujourd’hui.

Donc c’est ceux-là, ceux de ces jeunes que le SAMU a réveillé à la vie, qui m’ont appris mon métier parce que par définition, de ceux qui sont décédés, je n’ai pas eu le temps d’apprendre. J’en ai vu quand même nettement plus d’un millier.

Les 5 grands signes du candidat à la mort. J’ai établi 5 grands signes dont ils me parlent tous.

1 – Un questionnement sans réponse

Grande question thomiste : l’humain doit répondre à une trilogie ou ce que j’appelle, moi, plus volontiers une question trinitaire. Il est difficile d’aimer si on ne s’aime pas suffisamment. Il est difficile aussi de se savoir « aimable ». Qui peut m’aimer ?

Il faut pouvoir s’aimer pour pouvoir aimer et accepter d’être aimé. Cela me semble très important parce que si je ne m’aime pas suffisamment – il ne s’agit pas de n’aimer que soi – il y a plein de choses qui vont m’être interdites dans mes relations aux autres. Sans un minimum « d’AMOUR », il y a la perte progressive des appétits à être et à vivre.

L’adolescent doute que ses parents l’aiment parce que le drame de certains jeunes et adultes aussi c’est qu’ils ne peuvent pas accepter d’être aimés parce qu’ils ne s’aiment pas.

Excusez-moi si je pose cette interrogation, dans le rapport à Dieu, on a le même problème. Si on ne s’aime pas, on ne peut pas accepter d’être aimé. Alors, c’est le grand débat parce que l’enfant ne se pose pas cette trilogie avec autant d’acuité et l’adolescent est perdu dans ses actes, il a peur de méditer sur ce défi : je dois m’aimer pour comprendre qu’on puisse m’aimer et que je puisse à mon tour aimer.

J’espère que vous ne prenez pas cela comme un jeu de mots mais comme quelque chose d’essentiel. Ce questionnement est fondateur de la qualité psychique de tous les humains. Donc quand quelqu’un se suicide, il est dans le doute redoutable sur ces trois questions. Et la première chose à faire pour un adolescent, c’est l’aider à se re-aimer un petit peu.

Alors quand j’avais un adolescent qui avait une famille où il y avait une attitude chrétienne quelle que soit la forme – pas pratiquante, chrétienne – j’ai remarqué que le premier point pour aider ces adolescents à s’aimer un peu, c’est de leur faire cette remarque.

« Vous portez un prénom » c’est assez fréquent… Mais la quasi totalité des gens ne savent pas qui est leur saint patron. Qu’a fait saint Philippe ? Vous savez tous les gens vont lire leur horoscope dans le journal tous les jours. S’il y a le malheureux Vénus qui croise Jupiter, on arrive à faire quelque chose à l’intérieur de moi, j’ai la vague idée que d’autres y arriveront aussi bien.

Pourquoi je leur dis cela ? Ce n’est pas pour les rendre chrétiens, c’est pour demander : « Réfléchis, essaie de trouver ce qu’a fait ton saint patron ». Vous savez les petits albums Fleurus… une fois j’en ai commandé 150 sur le budget de l’hôpital, j’ai mis deux ans et demi pour avoir l’argent et on me disait : « Qu’est-ce que vous allez en faire, cela ne sert à rien dans la thérapie ? ».

Mais moi, qu’est-ce qui m’intéressait ? C’était de dire à ces jeunes : vous avez un ou deux points communs dans le caractère du prénom que vous portez. Alors, je ne leur disais pas explicitement mais, la question c’était l’art de développer un talent que chacun possède. C’est quasiment la parabole. Un talent, si j’ai bonne mémoire, dans la Bible c’est quand même 25 kilos d’or.

S’il y a un talent chez le saint Philippe, que tu as lu, l’aurais-tu ? Si oui, si on essayait de mettre en valeur ce talent ? C’est le sujet. Les biens, c’est inaccessible pour le moment, mais c’est possible de tenter de développer un don. Et puis enfin, c’est aussi une façon de dire : arrêtons un peu de faire la liste de tes défauts. Pour une fois, si on choisissait un de tes dons pour le mettre en valeur ? Et quand on fait quelque chose de bien, on commence à s’aimer.

Le vrai débat, c’est celui-là et le premièr constat, c’est la difficulté à s’aimer, à aimer et et à être aimé.

2 - L’incapacité pendant cette période à la TOLÉRANCE d’une FRUSTRATION. Et là quelquefois je suis très inquiet. C’est une des conséquences si vous voulez de l’enfant/roi. On laisse faire l’enfant comme s’il avait le pouvoir de s’auto-discipliner. On va attendre un peu… Parce que l’incapacité à accepter la frustration va faire des adolescents qui n’acceptent pas que l’événementiel tente de les frustrer.

Alors, par exemple, à l’église, je fréquente encore les églises, je suis quelquefois inquiet du nombre de jeunes enfants qui courent dans tous les sens et qui vont n’importe où parce que les parents – ils n’ont pas besoin d’être garde-chiourmes mais… – tolèrent et n’osent pas frustrer leurs petits.

Or la frustration est nécessaire pour l’enfant parce que l’enfant, surtout le petit enfant, a très rapidement et très fort un sentiment de toute-puissance. C’est quand même pratique : dès que je braille on vient me donner un biberon. Si cela ne suffit pas, on me prend dans les bras. C’est ma façon de demander. Il n’y a pas besoin d’être complètement idiot parce qu’on est un enfant.

Dès que ce jeune adolescent va avoir une frustration de quel qu’ordre que ce soit, il y a une telle intolérance, une impossibilité de gérer cette frustration qu’on arrive très rapidement dans l’état de dire : je suis fichu.

3 - Un petit humain a besoin pour vivre de SIX PARENTS.

Je vous fais la liste et vais commencer par les dames : il faut une mère, une maman et l’épouse de son père.La mère et la maman, ce n’est pas la même chose.

Est-ce que vous vous souvenez d’un livre qui s’appelait Le Bled ? On l’avait en général comme cadeau en fin de 7ème ou en début de 6ème, ce petit machin gris-bleu La grammaire française qui permet de trouver la définition entre une mère et une maman. Règle de grammaire n° 9 du Bled : les lettres ont un genre. On l’a tous oublié. Elles sont toutes masculines sauf huit qui sont féminines : toutes les lettres qui, quand on les prononce, se terminent par un “e” muet (une f h l m n r s x). On dit “une r”, ”une x”. Tout est toléré maintenant, alors allez donc expliquer à un jeune polytechnicien qu’il est une x… Cependant, quand vous écrivez couramment : cherchez l’inconnue x, vous écrivez “ue” sans vous poser de question. S’il n’y a pas de Père et de Mère, il y aura un manque de papa et de maman. Vous voyez la différence. La mère et le père établissent les règles, les règles du jeu de la famille. La maman et le papa, ce sont les avocats et ceux qui peuvent dire sauf...

Je vais prendre un exemple qui me concerne, je ne veux mettre personne en porte-à-faux. Quand j’étais petit, mes parents édictaient une règle de grammaire à la Bled : nul ne peut rentrer à la maison après 23h tant qu’il a moins de seize ans. C’était très rétrograde, excusez-moi, mais je ne parle que de moi. Quand j’avais une occasion qui, je le savais, allait peut-être se terminer plus tard, si j’allais voir mon père ou ma mère, on me rappelait la règle. Raté ! Un peu plus rusé, si j’allais voir papa ou maman : mon petit papa adoré, ce soir, il y a un truc très particulier… Je ne vais pas vous faire une démonstration, vous imaginez la scène ! J’avais l’autorisation et on était dans le Bled. Oui, j’ai besoin d’un père et d’un papa, mais s’il a eu peur d’être père, il me manque un papa, ou il sera alors un « faux copain »… Pour qu’un papa existe, il faut qu’il y ait eu un père et – cela est très important – très tôt pour le petit enfant, il faut qu’il y ait ces quatre parents-là et de plus il faut qu’il soit sûr que ses parents soient un couple : père-mère, papa-maman, époux-épouse.

Vous imaginez l’énorme difficulté qu’il va y avoir dans l’avenir avec les familles recomposées, le nombre d’orphelins qu’on va fabriquer si la PMA ou autre… enfin, j’arrête le discours, cela va être monstrueusement compliqué.

Je vais vous donner un exemple. Dans les services de réanimation, avant que quelqu’un vienne le visiter, quand bien même ce fut son papa ou sa maman, nous devons demander son autorisation à l’adolescent. C’est un gros problème pour les jeunes infirmières. Imaginez une pièce derrière la porte, une dame est là : « Bonjour, Madame, vous êtes qui ? » « Je suis la mère de Laurence. » Neuf fois sur dix quand l’infirmière va demander à l’enfant hospitalisé : « Ta mère est là ? », elle dit « Non ! » car la mère, c’est celle qui va lui faire la morale. Si on dit : « Ta maman est là ? », neuf fois sur dix, c’est « oui » parce que je vais être consolé et consolatrice.

Dernier exemple : il y a un métier que vous connaissez tous, le marbrier, vous savez les gens qui font les tombes. Quand ils écrivent : « À mon papa chéri » ils en vendent vingt, quand ils mettent « À mon Père » ils en vendent zéro.

Et cela explique aussi un peu que le mot de “grand-mère” est un peu négatif Avant on disait “Bonne Maman” le plus souvent ce qui est tout à fait différent.

Donc, l’adolescent a besoin de ces six personnes : père, mère, papa, maman, époux, épouse.

Beaucoup de jeunes adolescents ont peur de casser le couple de leurs parents ! Parce que les parents sont sur-travailleurs, ils travaillent tout le temps au point que le couple meurt. Et c’est de ma faute. Je les occupe, ou les préoccupe, à quasi temps plein. Nous reviendrons sur cet aspect.

4 - Où est dont passé l’HUMOUR ?

L’enfant, l’humain, a besoin d’humour. Et nous sommes dans une société où on a confondu deux mots : l’humour et l’ironie. Et ce n’est pas la même chose. L’ironie, on se moque de quelqu’un ; l’humour, on rit avec quelqu’un et de soi-même et des autres qui nous aiment.

Saint Augustin nous disait que l’humour est sans doute la petite fille de l’amour. Il n’y a pas d’amour sans humour. Et il rajoutait : « Regardez toutes les paraboles, il y a toujours de l’humour », quelquefois un peu difficile, quelquefois un peu dur, mais c’est de l’humour, ce n’est pas de l’ironie. Or, si vous regardez autour de vous, la plupart de nos comédiens qui font de l’humour font de l’ironie.

5 - Je n’ai pas d’AMIS.

Alors là, c’est très important parce que du fait de la mixité – et il y a un très beau livre de Tony Anatrella sur ce sujet – le côté néfaste de la mixité au collège qui est suicidant d’une part et qui est un grand favorisant de l’homosexualité d’autre part.

Pourquoi ? Parce que les petites filles sont bien plus vite matures que les petits garçons. En 4e une petite fille a déjà mentalement 16-17 ans alors que le petit garçon en a 13-14. Les filles ne s’occupent pas des garçons. Elles vont même chercher des plus grands. Et puis, elles sont plus faciles et plus travailleuses.

Donc c’est une mixité qui est en fait contraire à son projet. Ce n’est pas une ouverture à l’autre, c’est bien plus une fermeture, une mise à l‘écart des sexes et des origines sociales.

Pour la mixité, il y a la famille en dehors de l’école, cela est largement existant, alors que le collège devrait être un havre de paix.

Alors, l’ami, c’est quoi ? Pour l’adolescent, l’ami, ce serait un individu jeune ou moins jeune qui aurait un espèce de neurone un peu important qui partirait de l’oreille, qui traverserait le cerveau, qui passerait par le cœur et sortirait par les lèvres.

Y a-t-il une oreille qui peut m’écouter ? C’est celui ou celle vers qui on se fie et donc on se confie. Une oreille qui ne parle pas, c’est-à-dire ce que je lui dis reste réellement secret. Si cela devient Le Parisien le lendemain au petit déjeuner, cela ne s’appelle plus une oreille.

Et donc, même dans un couple, un enfant qui livre un secret qui pour lui est une douleur, il faut savoir ne pas le dire à son époux ou à son épouse. Cela reste confidentiel presque confessionnel au sens du confessionnal. Le secret respecté est la garantie que je puis parler. Bien évidemment comme toute règle il doit y avoir des exceptions… quand l’intérêt supérieur est en jeu.

Donc une oreille qui entend, qui comprend (cela présuppose qu’il y ait un cerveau), qui aime et qui parle avec moi certes mais pas publiquement. Où est-cet ami ? Parmi mes amis du collège, c’est introuvable ce produit-là. Ce qu’il faut, c’est un adulte. Et c’est peut-être la plus belle définition du parrain de confirmation parce que c’est à ce moment-là qu’on a besoin d’un ami bienveillant, un mentor au sens grec.

Maintenant il faut qu’on aborde ce drame qu’est le suicide.

TROISIÈME PARTIE : les grandes FUGUES dites SUICIDES

Le suicide n’existe pas chez l’adolescent.

Et je vais me contredire : il n’y a quasiment pas d’adolescent fascinés par la mort. Cela ne représente pas 2 %.

Le suicide est une fugue de la situation actuelle. Et je vais essayer de vous définir les cinq grandes fugues que l’ai rencontrées.

1 - Il y a la fugue ALTRUISTE.

C’est la plus importante en nombre et c’est celle qui aboutit le plus fréquemment à un suicide dit « abouti » des adolescents et des jeunes adultes.

Un adolescent en difficulté réalise qu’il ennuie son environnement : famille, frères, sœurs, papa, maman, etc. Il les aime et il offre sa vie pour que ceux-ci puissent enfin Re-VIVRE. Car il est l’empêcheur de vivre. Vous voyez l’aberration du système. Ce sont des enfants qui se suppriment pour que les autres vivent. Le résultat est désastreux, on est d’accord.

Il faut bien voir ce qu’il y a dans la tête de ces jeunes. « J’ai voulu partir » vous voyez le discours « pour qu’ils puissent revivre. Je les empêche de vivre par mes conduites, par mes attitudes, à chaque fois je retombe dedans ». Donc ils veulent commettre ce qui est le plus beau geste. C’est plus de 35 % des suicides d’adolescents. C’est quand même héroïque des gens qui offrent leur vie pour ceux qu’ils aiment.

Nous sommes dans l’horreur, conflit insoluble entre désir et acte. C’est le drame d’avoir vidé des programmes scolaires, la philosophie. Qui peut aider à discerner les CAUSES des EFFETS…

2 – Il y a, le plus féquent, le MEURTRE de l’AUTRE

Je vous signale qu’il n’y a pas bien longtemps notre Code de droit condamnait à mort ceux qui se suicidaient quand ils se réveillaient. Ce n’est pas si vieux, c’est de 1920.

Beaucoup de gens se suicident, en effet, pour tuer quelqu’un : « Débrouille-toi pour vivre maintenant qu’à cause de toi je me suis tué. »

Est-ce que vous entendez ce concept de suicide-meurtre, que l’on voit très fréquemment, plus fréquemment à l’age adulte que chez l’adolescent, mais c’est quand même 20 % des cas ? Terrible pour des familles, frères et sœurs, de survivre après un décès d’un de ses frères ou d’un de ses fils, d’un ami, d’un conjoint, d’un collègue de travail… Et parfois, c’est un coup délibéré, mortel, porté à l’autre.

3 – Il y a, ce qu’on appelle, la FUGUE SIMPLE.

C’est une sorte d’appel au secours : « Je n’ai pas su à qui le dire et j’ai eu envie de défier la mort. Je joue, je suis plus fort que la mort. Je l’affronte de face, moi ! »

Cela vous donne le “jeu” stupide « Je descends le boulevard en skeat-board. Je vais à fond la caisse. Je me suis fait six feux rouges et je vais le dire aux copains demain. » Et puis on recommence une fois, deux fois et puis la troisième, il y a un type qui traverse et “bang ”. Cela devient “accident de la voie publique”.

On retrouve ce cas dans certaines formes de pathologies, ce qu’on appelle les états limites où ce sont des gens extrêmement provocateurs à l’égard du risque, qui sont la dangerosité suprême pour les armées. La Légion étrangère fait très attention de ne pas recruter ces gens parce qu’ils ont un goût déraisonnable pour le risque et ils mettent les autres en état de danger. Vous me direz, l’avantage quand on les recrute pour l’armée, s’il y avait une guerre ils pourraient être guéris définitivement… Beaucoup de services militaires pensent à cela et les neurologues militaires sont assez à l’affut.

Les jeux dangereux, foulard ou autres, rentrent dans cette catégorie de FS sans que cela fut dit. Vous savez, très souvent, les MAUX arrivent quand les MOTS sont TUS.

4 - Il y a un enseignement dans notre société où, à la suite de Rousseau, on a fait une faute d’orthographe gravissime, c’est « nous sommes tous égaux ».

On a confondu l’égalité avec l’équité et ce n’est pas du tout la même chose. Sauf si Rousseau avait écrit : nous sommes tous EGO. Ce serait le seul cas où ce serait bon. Mais il a fait une faute grave. (Si c’était la seule !) Et c’est très important parce que c’est la principale revendication de ces grands adolescents : « Je ne suis pas comme les autres. Je n’ai pas les moyens de me concentrer, je n’ai pas les moyens d’être libre. Nous ne sommes pas égaux ».

Vous voyez la contradiction. Et partout la République leur affirme qu’ils sont pourtant égaux. C’est le plus beau mensonge qu’aient inventé les gens de 1789. Il faut quand même être fêlé pour inventer celui-là. Parce qu’en rien nous sommes égaux. Dans toutes les campagnes électorales, on entend ce contre-sens, comme étant la preuve que le candidat est pour la liberté ; quel mensonge politique !

Et le mot “équité” du fait de ce contresens a quitté la scène, comme si lui avait été suicidé… Alors qu’il faut expliquer à un enfant que c’est l’équité qui est importante, y compris dans l’éducation que les parents donnent à chacun sa part et non pas la même part. On n’est pas obligé d’éduquer tous ces enfants de la même façon mais équitablement ; c’est le plus dur, nous sommes d’accord.

Les adolescents, quand je leur disais “équité”, ils croyaient que je parlais de cheval, vous voyez un peu le niveau de culture. Pour résumer, je vais vous donner une petite phrase que j’ai trouvée chez Victor Hugo que j’aime bien de temps en temps surtout le poète : « Le monde matériel se pose et se repose sur l’égalité, le monde moral sur l’équité. » On devrait mettre cela en introduction à toutes les formations des maîtres.

5 – Ce sont les suicides liés à des pathologies préexistantes, le PATHOS.

J’ajouterai, avant la conclusion : le dernier événement qui précède la tentative de suicide n’est jamais causal. Il est déclancheur, c’est-à-dire qu’il faut qu’il y ait un terrain dépressif ou dépressif-anxiogène ou des difficultés pour qu’un événement X déclenche le mouvement et s’appuie sur un terrain non sain (on pourrait peut-être l’écrire autrement).

Un jour, à l’Académie de médecine. J’ai fait une intervention sur “les cinq sain(s)”, parce qu’il y a cinq orthographes au mot ”saint”.

J’avais été voir Jean Dutourd pour savoir « Comment j’écris les cinq saints ? » Il y a ”sein”, c’est l’affectif ; “saint”, c’est la morale ; “ceint”, c’est tous les lauriers, la connaissance qu’on a apprise ; “seing”, c’est le notaire, la capacité d’autonomie : je signe les actes ; et puis il y a “sain”.

Jean Dutourd m’a dit : « il faut prendre le plus simple. Si tu accoles un “s” » à sain entre parenthèses on met “s”. C’est un concept que j’ai beaucoup utilisé pour les adolescents, une fois la crise passée : « Tu as une mission colossale dans ton intérêt, petitement, tu remplis les cinq sains ».

Je vais vous lire un petit texte qui a été écrit par Platon. Et ce qui m’intéresse tellement, c’est qu’en 307 av. J.-C., donc dix ans environ avant que Platon ne meure, le premier ministre de l’époque en Grèce, Déon, lui demanda de faire un rapport sur la crise des adolescents grecques, ce qui les ennuyait particulièrement. Et son rapport fait six lignes : « Lorsque les Pères s’amusent à faire l’enfant, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus au-dessus d’eux l’autorité de rien ni personne alors c’est là, en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie. »

Et je conclurai en reprenant une phrase de notre ami Aumonier lors de la communication précédente : « Si réussir sa vie c’est réussir sa mort, réussir sa mort c’est partir en étant réconcilié avec soi et les autres . » C’est la définition que Saint Augustin nous propose pour définir une bonne mort.

Et on voit bien là (et je conclurai sur cette idée) que les adolescents qui se suicident ont perdu la réconciliation, d’où le colossal intérêt de l’ami, du confesseur… Ce que vous voulez.

Il y a quelqu’un, le Père Anselme Grün, qui a beaucoup travaillé cette question. Ce vieux bénédictin autrichien présente bien l’idée – il appelle cela et je vais l’appeler avec lui – par cette formule, c’est « la faute de Juda ».

La faute de Juda, c’est l’acédie, on l’appelle comme cela chez les moines. C’est la crise dans laquelle je pense que je ne suis pas excusable et je m’en déprime. Juda, en dehors d’avoir trahi Jésus (ce n’est pas très élégant, nous sommes d’accord), a cru qu’il était impardonnable. C’est cette deuxième faute de l’esprit qui l’emportera vers le suicide.

Quand on pense ne pas être pardonnable on pense que la faute ne peut pas être pardonnable. Nos adolescents pensent que la faute n’est pas réelle, mais reste impardonnable pour eux-même et les gens de leur entourage.

Échange de vues

Bernard Martinage : Aujourd’hui la mort a été "aseptisée", on ne la rencontre plus (ou guère) dans nos maisons, n’était par la TV, sinon au cinéma ou en jeux vidéos ... pour nos ados, plus ça "kill" ... plus ils aiment.

J’ai entendu certains de vos confrères psychologues et psychiatres dirent qu’un adolescent qui ne se poserait jamais la question de la mort serait inquiétant.

Tout le monde peut, un jour, se retrouver confronté à ce que je pense être une détresse d’un adolescent suicidaire.

Qu’en penser ? Est-il facile d’intervenir, d’espérer enrayer cette "fascination" et le processus suicidaire ?

La mort provoque toujours une sorte de scandale, disait Jankélévitch ... et pour le conjurer, les adultes tentent de cacher cette mort, notamment aux jeunes, soumis à leur propre appréciation et renvoyés à leurs fantasmes. Quelle est cette fascination du "jeu du foulard", par exemple ? Quel est ce rituel d’entrée dans certains groupes malfrats qui va jusqu’à contrarier des éducateurs du type Père Gilbert ?

Où trouver des repères, des réponses ?

Philippe Vaur : Je vais essayer d’être très bref parce que la question est de taille.

Les jeux du foulard, les groupes gothiques et tout ce que vous voulez. Quand un petit d’homme n’a pas un “je” suffisamment construit pour pouvoir survivre il met des prothèses, qui sont le “nous”. Nous les gars du quartier, nous les membres du club bidule nous… tout ce que vous voulez.

L’enfant a besoin d’étayer son “je” un peu faible… Alors, je vais vous le dire simplement. L’adolescent est trop petit pour avoir les droits des grands et trop grand pour avoir les faveurs du petit. Il est entre deux et cet entre-deux est trop dense et trop long. L’adolescent est souvent un nécessiteux de l’orthèse.

Donc il étaye son “je”. Et c’est Saint Augustin qui est l’inventeur de la psychanalyse, ce n’est pas Freud, je vous signale qu’il est le premier qui a publié par écrit son auto-analyse.

Donc quand les adolescents vont dans ces groupes, on retrouve ce besoin d’étayage ou d’orthèse, comme vous préférez, par le groupe. Cela veut dire que dans leur environnement immédiat, ils ne l’ont pas trouvé. Voilà pour la deuxième question.

Et votre première question est plus compliquée. Je pense que très peu d’adolescents, je n’en ai vu que très rarement et cela est alors associé à un trouble de la personnalité, ont une fascination de la mort.

Parfois, ils aiment la défier. C’est la loi du genre : « qui est le plus fort en… ». Je ne peux être fort en math, fort en français, fort en grec ou fort en latin. Il faut que j’ai un élément où on me respecte. « Moi, j’ai fait trois fois le jeu du foulard et pas toi », voilà !

Je dirai qu’il y a beaucoup de nécessiteux dans notre société. La disparition de toutes les structures, patronage et scoutisme qui, justement, même petit, nous donnaient une responsabilité qui était définie et protégée par un grand.

Et le deuxième point qui me semble plus criant c’est qu’il faut être comme les autres. On a supprimé l’uniforme (la tenue) pour la remplacer par l’uniformité. On est dans une situation où il vaut mieux être moyen dessous.

C’est un progrès colossal parce que l’adolescent est groupal. C’est un animal qui vit en tribu. Il a besoin d’une tribu. Vous comprenez bien que la tribu ou le clan du scoutisme, du patronage, de telle activité sportive et autres est suffisamment structurée pour qu’il n’y ait pas de crétin qui domine. Or quand il n’y a pas d’adulte sain cela va être un crétin qui va être chef. Donc le “je” du plus crétin va être obligatoire, le plus violent, le plus… tout ce que vous voulez.

Mais je n’ai quasiment jamais vu d’adolescent qui soit fasciné par la mort, sauf les groupes gothiques. Par contre les adultes ont trop souvent écarté les jeunes du mort de la famille…

Si cela vous intéresse, il y a monsieur Pommereau à Bordeaux qui a fait un travail sur ce sujet, surtout sur les auto-mutilations possibles que les adolescents peuvent se faire.

François de Palmaert : Je suis très engagé actuellement comme administrateur d’Artisan de Paix et je « baigne » dans la spiritualité inter-religieuse.

Ceux qui passent à l’acte imaginent-ils un au-delà, capable de les faire hésiter ? Ont-ils cette éventuelle réflexion eschatologique ?

Philippe Vaur : N’oublions pas que 96 % des jeunes en France vont bien. Nous ne parlons pas de 100 % des Français, c’est tout de même important. Il n’y a que 14 % d’enfants adolescents, c’est déjà énorme, qui souffrent à être, qui ont du mal à être.

Alors, je dirai que ce qui manque le plus aux adolescents, c’est (je vais sûrement me mettre quelques personnes à dos mais tant pis) deux choses : le sens du sacré et le sens d’une liturgie et non pas le sens du discours parce qu’ils sont attirés par le féérique avant d’être attirés par le questionnement.

C’est la superbe réussite commerciale de l’usine Walt Disney. Je vous rappelle que Walt Disney était français, son père était Jean d’Isigny. Son père a émigré avec son grand-père de ce petit village de Normandie parce qu’il n’y avait pas assez de quoi manger dans la ferme. Ils sont arrivés aux États-Unis et, comme pour le texan moyen, le californien moyen, ce nom de famille, d’Isigny, est imprononçable, c’est devenu Disney. Et il a compris que s’il veut attirer l’enfant et jusqu’aux adolescents voire certains adultes, je ne parle pas des parents qui accompagnent leurs enfants, il fallait faire rêver avec le beau, le sacré au sens du respect, quasiment l’inverse de la révolution liturgique (excusez-moi de dire cela devant des prêtres) qui s’est éteinte il y a trente-cinq ans ou à peu près. On met une demi-heure de texte, dix minutes de consécration et « salut les mecs ! ». C’est une erreur monstrueuse.

Beaucoup d’adolescents m’ont parlé (il s’agit des adolescents qui ont fréquenté l’église), parce qu’ils ont été très choqués, de cette erreur redoutable : « Ne nous soumet pas à la tentation » parce que c’est dire que Dieu nous met des bâtons dans les roues pour voir si on tombe. Jolie expression, comme si c’était le piégeur : « je mets un bâton et je vois si tu te casses la gueule ».

Et, je vous donne cette information-là pour reprendre et conclure sur votre question, je vous signale qu’aujourd’hui, en France, la communauté orthodoxe pratiquante n’a quasiment pas de suicide. Devinez pourquoi ? Si vous avez déjà assisté à un office orthodoxe, le sens du sacré et le sens du beau par rapport à l’Église commune française a dû vous frapper.

J’ai beaucoup travaillé sur cela. La musique, la musique classique sacrée détendait tous ces adolescents de leur état d’angoisse. On diminuait de moitié les anxiolytiques et les anti-dépresseurs pour un meilleur résultat. Vous faites écouter à un enfant, un adolescent, le morceau que vous aimez, un concerto de piano de Beethoven, vous diminuez de moitié le traitement chimique pour le même résultat. D’abord c’est plus économique et puis le traitement chimique n’a pas que des effets positifs.

Et vous voyez aussi en quoi cette appétence à la dépendance à certains produits qu’on appelle la drogue, c’est déjà une pharmacopée désordonnée. Je vous signale que “pharmacon” en grec, cela veut dire poison. Le pharmacien, c’est l’homme de l’art de distribuer les poisons pour un effet bénéfique. La drogue est un poison sans effet bénéfique.

Rémi Sentis : Les autorités ministérielles n’hésitent pas à instrumentaliser la question du suicide des jeunes ayant des tendances homosexuelles de façon à justifier ce qu’il appelle “la lutte contre l’homophobie” dans les établissements scolaires. Que pensez-vous de cette problématique ?

Philippe Vaur : En partie, je vous ai déjà dit ce que je pensais. En aucun cas, physiquement, pour faire un couple, il faut deux différents qui font la même chose. Cela n’a jamais été un couple. Vous n’allez pas acheter un couple de lunettes ! Vous n’achetez pas un couple de ciseaux, vous achetez une paire de ciseaux. Alors il faudrait dire une paire d’humains parce que c’est ce que cela veut dire.

Le gouvernement actuel s’en sert en disant : « Parmi ceux-ci… » mais personne ne peut le démontrer, ce sont toujours des affirmations idéologiques gratuites.

Il y a beaucoup d’homosexuels, jeunes, contrariés. Mais je dirai que la tentative homosexuelle de l’adolescent 9 fois sur 10 n’aboutit pas à l’homosexualité. Ce n’est même pas expérimental, c’est « j’ai pas su dire “non”. Un tel a commencé à me chatouiller les genoux, j’ai pas osé lui dire “non” ». C’est cela, l’expérience homosexuelle de l’adolescent et non pas : « Je cherche mon double ». Comme pour l’adolescent son “je” n’est pas construit, c’est beaucoup plus dur pour lui de dire “non” ; c’est d’ailleurs là-dessus que travaillent toutes les sectes. C’est dur de dire “non”.

De s’opposer à son père, c’est facile. Mais dire “non, pas moi” quand je jette des cailloux “non pas moi” quand la bande le fait et que je ne le fais pas. « Non, pas moi, je ne fume pas trois pétards le soir parce qu’on fait une boum » etc.

Pour moi l’homosexualité, cela existe depuis des lunes mais on l’exagère actuellement, énormément. Ceux qui défendent ce « droit à l’homosexualité » sont, sans toujours le savoir, les « hauts parleurs » des anti-spirituels.

Père Jean-Christophe Chauvin : Quand vous avez parlé de la mixité au collège, vous avez évoqué brièvement la situation de la jeune fille. Est-ce que pouvez expliquer davantage maintenant comment cette mixité au collège peut être source d’homosexualité ?

Le Président : Le Père Chauvin appartient à une congrégation qui, à ma connaissance, est la seule qui organise encore des patronages de garçons, essentiellement.

Philippe Vaur : C’est relativement facile, si vous voulez aller plus loin, Tony Anatrella a bien travaillé cette question.

Quand les petits garçons, de 5e, 4e, sont boudés par les filles parce qu’ils sont crétins, pas travailleurs et en général pas toujours propres et que les filles vont soit entre elles, soit avec des beaucoup plus grands, les petits garçons restent tout seul, de côté, si je puis dire. Parce que, un garçon et une fille de 5e cela n’a pas du tout la même croissance. Il y a une inégalité de maturité. N’importe quel parent a pu l’observer.

L’erreur a été commise aussi par l’organisation des Scouts de France (je ne leur jette pas la pierre). On se pose la question, au prochain Congrès, de la poursuivre parce qu’ils ont plein d’affaires, non pas de coucheries parce que cela…, de fugues et d’absentéisme.

Parce que qu’est-ce qui se passe pour un CP (chef de patrouille) fille et un CP garçon ? Il y a une fille qui a 20 ans mentalement, et un garçon, en seconde, qui a 16 ans. Ce n’est pas facile, car ce n’est pas une fille pour le garçon, c’est une jeune-femme ; on parle d’adulescents.

Alors, comment je me console ? Avec des garçons, les filles sont parties, et l’inverse est également réel. Je cherche, se dit l’adolescent, plus stable que moi.

Il y a un tel décalage de maturation, la classe ne peut pas être un espace de vraie mixité. Ce n’est pas le moment. La mixité, on l’a dans la famille. Il y a des hommes et des femmes, des cousins, des cousines, etc.

La semaine dernière, je suis allé dans une école d’infirmiers, d’infirmières de troisième année, âge moyen 26 ans parce que beaucoup n’ont pas commencé après le bac. Ils ont fait des pré-études.

Je pose une question : est-ce qu’ils ont fait une anamnèse ? Est-ce qu’ils connaissent leur passé ?

Est-ce que vous pouvez, sur un papier, pour vous, trouver les prénoms de vos cousins ? Et j’ajoute « germains ». On m’a demandé : « c’est quoi un cousin germain ? » Plus des 2/3 des étudiants ne pouvaient pas répondre, aujourd’hui, à cette question.

Vous voyez aussi l’éclatement de la tribu familiale. Or nous sommes des tribus et vous le savez tous cela pose parfois question. Quand ils se marient, comment va-t-on respecter les lois de la tribu ?

Je vais prendre un exemple. Moi, j’avais une culture un peu stricte : « On finit tout ce qu’il y a dans son assiette ». C’est d’une banalité redoutable. «  Tout ce que fait ta mère, c’est bon ». Décret royal ! Si je n’ai pas fini, on me le ressert au petit-déjeuner. Chez ma femme, c’était plutôt : « S’il y a quelque chose qui te déplaît, tu le mets sur le côté ».

Les deux éducations sont respectables mais si, un jour, on veut avoir un enfant, comment voulez-vous qu’on ne s’engueule pas à chaque repas ? Ou, alors, il faut qu’il y ait un “nous”, la règle, c’est cela. Sinon, l’enfant va chercher les contradictions des adultes.

C’est pour cela que les mouvements de jeunes, que ce soit le patronage, les scouts, le sport, font grandir l’enfant car il est avec ses égaux au sens de ceux qui ont le même âge et la même maturité. Si vous mélangez des secondes avec des cinquièmes, cela ne marche pas, la cour ne marche pas, même les cours ! sauf si le plus grand protège le plus petit, principe de la patrouille… Ce n’est pas une invention récente.

Or pour un humain, il lui faut pas mal d’années pour accepter la différence de l’autre : l’altérité, parfois cela n’est jamais vécu.

Jean-Luc Bour : Je suis étonné du faible pourcentage de cas que vous indiquez comme relevant de la pure psychiatrie.

Est-ce que néanmoins ne pourrait-il pas y avoir un événement extérieur à la vie du jeune homme qui tout d’un coup dérègle des neurones au niveau du cerveau et devient un ca qui relève de la psychiatrie ? Alors qu’avant cet évènement tout semblait sain.

Philippe Vaur : Il n’y a pas d’événement qui rend fou. Pour rendre fou, il faut un type d’événement répété, un traumatisme qui se répète fréquemment.

Par contre, un événement traumatisant, sur un terrain fragilisé au niveau de la santé psychique, même s’il n’y avait pas de signe clinique au sens médical peut faire déborder. Cela c’est vrai.

Je prends un exemple très simple. Il y a un événement dramatique dans la famille. Maman meurt d’un cancer à 30 ans. Les quatre enfants ne vont pas réagir de la même façon. Mais ce n’est pas parce qu’il y a un grand et l’autre petit, un qui est intelligent et l’autre qui ne l’est pas, c’est parce qu’ils ne sont pas dans le même type de questionnement dans : « Qui m’aime ? » « Qui va m’aimer si maman est partie ? » Le deuil n’est pas causal, il est un événement qui va questionner… comment je réponds ?

Il faut faire très attention, je citerai Gustave Thibon : « Ne pas confondre le sujet de la plainte et la plainte du sujet ».

Cela paraît comme cela un peu stupide, mais c’est beaucoup plus profond qu’on le croit et même dans le domaine médical, c’est important parce que quelquefois le symptôme est utile au patient. Et si on lui enlève, que devient-il ?

Et pour répondre plus profondément à votre question, on ne devient pas fou du jour au lendemain.

La folie est un curieux mixage de psychés et de biologiques. Ce n’est ni l’un ni l’autre seulement, cela n’existe pas. Il se peut que l’on soit, encore aujourd’hui, ignorant dans les deux, ce n’est pas parce que j’ignore quelque chose que cela n’existe pas

Nicolas Aumonier : Les personnes qui argumentent contre l’interruption volontaire de grossesse font remarquer que l’IVG peut être cause de suicide ou de tentative de suicide.

Le nombre des IVG en France reste à peu près constant à 220.000 par an ; si le suicide des adolescents est de l’ordre de 1.500 par an, et que l’on suppose une répartition à peu près équitable entre les deux sexes, cela signifie que le nombre des suicides dûs aux IVG est d’un peu plus de 3 pour mille. Ce chiffre suffit-il à retenir l’IVG comme l’une des causes du suicide des adolescents ?

Dans votre pratique, observez-vous ce lien ? Dispose-t-on de moyens pour l’évaluer ?

Philippe Vaur : L’influence de l’avortement ou de la fausse couche tardive joue beaucoup dans le questionnement de certains adolescents. Pourquoi ? parce que c’est rendre la vie non sacrée.

J’ai même entendu des enfants qui se sont posé la question : « Pourquoi lui et pas moi ? » C’est-à-dire qu’à la limite, le médecin qui reçoit un couple qui demande une IVG : « Combien avez-vous d’enfants ? « Deux ». On fait la liste des trois (avec celui qui est attendu), on réfléchit une semaine. « Lequel on tue ? » La question se pose.

Mais pour les adolescents, quand il y a eu un avortement dans son entourage, je ne sais pas si cela augmente la fréquence de la cause, mais ils en parlent toujours au réveil de leur réanimation. L’IVG banalise la mort, donc le suicide.

Le Président : Il n’y a pas de reconnaissance au réveil. C’est plutôt la révolte ?

Philippe Vaur : Ils n’ont jamais demandé à ce qu’on les soigne. Cela se passe 9 fois sur 10 : pompiers, samu etc. On ne leur pose pas la question. On leur dit : « Calme-toi, on est là ». Ils n’ont pas demandé à ce qu’on les réveille et c’est une révolte.

C’est le grand problème de l’aide à la fin de vie, au nom de quoi les réanimateurs vont réanimer les suicidants ? C’est leur désir, de mourir, de “bien mourir” comme ils disent !

Je voudrais juste ajouter une petite chose. Cela existe chez les adolescents mais parce que l’adulte a rendu la mort banale, par l’avortement et par l’acceptation comme normale de la fausse couche.

Beaucoup d’adolescents n’ont pas su ce qui s’était réellement passé. Ils l’apprennent souvent par un tiers, c’est-à-dire une tante bien intentionnée, un jour où elle est un peu bavarde : « Tu sais du temps où ta maman était partie à l’hôpital, je t’ai gardé ». Vous voyez le genre de discours. « Ah bon, elle était malade ? » « Ah oui, elle a avorté ».

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Alors, comment pouvoir parler de cela avec des gens qui ont “tu” ? Vous savez quand on disait dans le temps motus et bouche cousue, car les mots tus tuent. C’est très connu.

Le nombre de cas d’enfants adoptés qui se révoltent au moment de l’adolescence parce qu’on a caché une partie de leur histoire alors qu’on la savait. Ce n’est pas de la cacher qui tue c’est que l’autre la sache et n’a pas osé en parler, ni même dire : « Tu es un enfant adopté ». Parmi les enfants adoptés, on a beaucoup plus de cas de suicide, non pas parce qu’ils sont plus fragiles, mais parce qu’on ne leur a pas dit leur histoire.

Si vous voulez, un sujet, c’est comme un arbre, il a besoin d’une histoire ce sont les racines, son existence c’est le tronc et toute sa vie future sont les feuilles.

Quand il n’y a pas de racines, à la première tempête il se casse ou s’écroule. Et, je conclurai là-dessus, une des grandes fonctions des grands-mères, c’est de dire l’histoire de la tribu pour, aussi, qu’un adolescent imagine cette chose fabuleuse que « son père et sa mère sont des ex-enfants ». Or, beaucoup d’adolescents n’imaginent leurs parents que adultes. Ils sont nés à 30 ans, c’est magique non ? Ils ne peuvent imaginer que leur maman ait eu 8 ans comme eux. Qui était maman quand elle avait 8 ans ? Ce n’est pas un sujet immonde !

C’est le rôle des grands-pères de raconter les racines et l’histoire de la tribu, qui est celle de l’adolescent, même s’il y a des drames. Il faut éviter qu’il lise son histoire dans Le Parisien Libéré ou l’apprenne par une tante, un ami ou encore quelqu’un de mal intentionné. Alors là cela devient traumatique. Attention aux phantasmes dans les placards…

Mgr Philippe Brizard : Ma question est double et chacune d’elles n’a pas tellement de rapport avec l’autre.

Premièrement : est-ce que l’anorexie est une tentative de suicide ?

Deuxièmement : comment est "vécu" le suicide dans la famille ou dans le groupe ? Et, dans la famille ou le groupe, comment traite-t-on le suicidé ?

Philippe Vaur : D’abord, l’anorexie n’est pas une tentative de suicide. C’est une problématique compliquée.

Je vais vous la résumer. C’est une jeune femme ou un jeune garçon (25 % des anorexiques sont masculins), y compris des foetus. L’anorexie c’est la peur, pour une adolescente, de sa féminité. « Je suis désirable par mon corps et pas par ma tête et encore moins par qui je suis. Je vais tenter d’éliminer mon corps. J’élimine tout ! Je n’ai plus de poitrine, je n’ai plus de fesses, je n’ai plus rien donc je ne suis plus séduisante et enfin au calme ». Cela c’est la première forme.

La deuxième forme, c’est beaucoup de jeunes filles qui ont peur d’elles-mêmes. C’est de la mutilation, mais pas de la tentative de suicide. Donc, c’est du même ressort que tout ce que vous pouvez imaginer des gens qui se mutilent. On le voit dans des tas de domaines. Cela c’est l’anorexie. Je ne veux pas être celle que vous croyez… Pour votre deuxième question sur les gens qui sont directement concernés, il y a un travail personnel à faire, mais je conseille qu’ils prennent une personne, qui n’est pas obligatoirement psy, mais il faut que cela puisse être parlé hors de la maison, car les murs ont une mémoire et les mises en scène sont dans la maison.

Alors vous pouvez aller, si vous êtes riche chez un psy quel qu’il soit, mais ce n’est pas un traitement, ce n’est pas une thérapie de soutien. C’est : il faut que chacun puisse dire son ressenti sans que cela abîme un autre tiers.

Il faut arrêter l’hémorragie affective du groupe. C’est un traitement anti-hémorragique. Je m’excuse de vous le dire comme cela, mais il y a un problème réel. Car si ce n’est pas parlé, fonction de la CATHARSIS, si le problème persiste, le vrai risque c’est il y ait un deuxième suicide. Ou, quand on a récupéré celui qui a tenté de se suicider, pour qu’il ne reproduise pas son geste deux ou trois mois après.

Si, pendant trop longtemps, on a cru que d’aller passer trois semaines à la montagne chez Tati Danièle et manger quelques tranches de viande bien bonnes, cela retape, cela ne suffit pas. Il y a une blessure qu’il faut, si je parlais comme un chirurgien, parer c’est-à-dire nettoyer et bien suturer parce que, comme toutes les blessures si elle est mal suturée, au premier mauvais mouvement elle va s’ouvrir et s’infecter. Donc il faut que ce soit parlé, cela évite de RUMINER. C’est tout l’intérêt de la confession quand elle est parlée.

Et puis il faut qu’il y ait un tiers qui dise que c’est une souffrance et non pas une faute. Le mythe de la faute n’existe pas ou, du moins, il ne peut pas être causal que sur des cas extrêmes, des cas rarissimes, c’est 1 ou 2 %.

Mais, par contre, il faut prendre du recul et se réconcilier. À la limite, je mettrai tous les parents, qui ont eu un drame comme cela, quelques jours en couple, voire avec les plus grands enfants, dans une abbaye bénédictine où il y a un moine qui ne soit pas trop bête, cela arrive fréquemment. Il faut prendre du recul et un peu de distance, pour pouvoir se RÉCONCILIER

Séance du 14 novembre 2013

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