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Programme 2016-2017 : L’engagement dans la cité
6 septembre 2016

Aujourd’hui, l’individu est sommé de se réaliser lui-même en toute autonomie et, de ce fait, la société est en crise, en voie de déconstruction. Retrouver le sens d’un engagement collectif pourrait tout à la fois être le moteur et l’objectif d’une mobilisation des jeunes générations dans la vie de la cité. Une réflexion sur le sens et les modalités de l’engagement dans différents secteurs, politique, formation, culture, économie, éducation, famille, sans oublier l’engagement en vue du Royaume, est apparue comme particulièrement pertinente à l’Académie d’éducation et d’études sociales. Avec ses membres et invités aux horizons et responsabilités variés, elle proposera des réflexions et tentera de définir des moyens d’action dans les domaines d’activités qui sont ceux de chacun d’entre nous, à partir d’un éclairage humain et spirituel.

Pourquoi s’engager ? par Jean-Marie Salamito, Professeur d’Histoire à l’Université Paris-Sorbonne
- Jeudi 13 octobre 2016

La question m’a été posée telle quelle, et je me crois en devoir de l’assumer dans sa simplicité et sa force, c’est-à-dire d’écouter l’attente d’autrui plutôt que mes propres préoccupations. C’est la plus sûre manière, à mes yeux, pour essayer de présenter une communication utile. Je ne répondrai pas à cette question par une sorte de témoignage personnel, mais par un essai de réflexion. Je me placerai dans une optique chrétienne, en m’appuyant sur de grands textes de l’Écriture et de la Tradition. La première idée que je voudrais développer, c’est que l’engagement dans la cité constitue pour les chrétiens une obligation de toujours, et que cette obligation ne procède pas d’une réduction du politique au religieux, mais bien au contraire de la reconnaissance originelle d’une autonomie de la réalité politique et sociale. Si les chrétiens s’engagent dans la cité, c’est au service du bien commun, non dans une visée de conquête. Tout cela remonte au « Rendez à César... » de Jésus lui-même (Mt 22,21) et au loyalisme politique que Paul exige des croyants envers un pouvoir pourtant païen (Rm 13,1- 7). La seconde idée, c’est que notre époque présente des caractères d’urgence, qui rendent l’engagement encore plus nécessaire que dans d’autres moments historiques. Cette urgence consiste, au minimum, en deux problèmes : celui de la perte des repères anthropologiques de base ; celui des menaces qui pèsent actuellement sur la paix sociale et sur la survie même de notre pays.

S’engager pour son pays
Jacques Trémolet de Villers, Avocat
- Jeudi 17 novembre 2016

L’engagement est un devoir, mais les circonstances de l’engagement ne se décident pas. Elles sont dictées par un appel. Il vaut mieux être « appelé » que « candidat ». Mais on peut être appelé à être candidat. Quelles que soient les circonstances, l’essentiel, lui, ne change pas. Il s‘agit de servir le bien commun de la nation dont on est membre. L’état de vie de chacun définit les conditions ordinaires de l’engagement. Il est des conditions extraordinaires (Jeanne d’Arc), mais elles sont comme un soleil éclairant les conditions ordinaires. Elles les illuminent, mais ne s’y substituent pas.

S’engager pour la formation des jeunes, s’engager pour la liberté d’éducation et d’enseignement par Michel Boyancé, Doyen des Facultés libres de Philosophie et Psychologie - IPC
- Jeudi 1er décembre 2016

N’est-il pas curieux que la France soit l’un des rares pays d’Europe où la liberté de l’enseignement supérieur soit de plus en plus limitée ? Après s’être battus pour la liberté de l’enseignement primaire et secondaire, pour répondre à une réelle attente, il paraît surprenant que les différents composants de l’enseignement et de la formation des jeunes souhaitent par dessus conforter le monopole de l’État, au lieu de s’interroger sur la juste place de la puissance publique. Si l’on tient à la liberté d’enseignement pour le primaire et le secondaire, pourquoi ne pas aller jusqu’au bout ? Pourquoi ne pas proposer ou du moins accepter cette liberté dans l’enseignement supérieur qui marque profondément l’orientation des jeunes pour leur vie d’adulte ? Pourquoi ce monopole de l’État est-il aujourd’hui si prégnant ? Ne pose-t-il pas en fait une question fondamentale à nos démocraties ? N’est-ce pas contradictoire avec l’enseignement social de l’Église, alors que beaucoup de défenseurs de l’école libre s’en réclament ?

Après avoir fait l’état des lieux de l’enseignement supérieur privé en France, Michel Boyancé tire les conséquences pédagogiques pour les jeunes qui souhaitent une nourriture et une formation réelle pour leur insertion dans la vie professionnelle, puis il donne des pistes de ce que pourrait être un réel équilibre entre le privé et le public dans l’enseignement supérieur.

L’entrepreneur engagé
Jean-Marie Schmitz, Ancien directeur général de Lafarge Maroc
- Jeudi 19 janvier 2017

A la lumière de l’expérience qu’il a vécue comme directeur général de Lafarge Maroc pendant 11 ans, Jean-Marie Schmitz a expliqué le lien étroit entre la culture régnant dans une entreprise, la façon dont les hommes y sont informés, considérés, traités et le niveau de ses performances et de ses résultats économiques. Il l’a fait en exposant les 5 leviers dont il s’est servi pour d’abord créer un ensemble homogène à partir des quatre sociétés très hétérogènes qui avaient été fusionnées dans une entité nouvelle, et ensuite transformer le mode de management et la culture de l’entreprise. Ces 5 leviers ont été :

- la responsabilisation de l’encadrement à travers la façon dont étaient décidées et communiquées les augmentations de salaires, et une formation sur le rôle "social et humain" qui doit être le sien ;

- la gestion très novatrice au Maroc du licenciement de 125 des 195 salariés de la vieille cimenterie de Tétouan, remplacée par une usine moderne produisant quatre fois plus de ciment avec deux fois moins de personnes, mais avec des qualifications que cinquante d’entre eux seulement pouvaient acquérir. En acceptant d’informer les intéressés 21 mois avant la fermeture de l’usine, en privilégiant l’aide à la création de micro-activités (formation, soutien financier)ce qui aurait pu être un drame humain s’est traduit par la création de deux fois et demi plus d’emplois qu’il n’en avait été supprimé.

- le développement du travail en équipe, à travers un projet faisant travailler ensemble commerciaux et personnel des usines, et un autre concernant la maintenance des usines, dont les résultats sur 18 mois ont été spectaculaires (division par 4 des arrêts sur incident et réduction de 25% du coût de la maintenance) ;

- la définition très participative (ensemble des cadres et de la maîtrise supérieure) d’un court document intitulé "Notre ambition pour Lafarge Maroc" explicitant comment "être l’entreprise la plus attrayante et valorisante pour nos collaborateurs".

- des formations de "culture générale" pour la quarantaine des principaux cadres de Lafarge Maroc, et au management par équipes de travail pour l’ensemble des cadres.

Pendant cette période, les résultats financiers ont très fortement progressé : chiffre d’affaires multiplié par 2 (croissance de l’économie marocaine) mais résultat d’exploitation multiplié par 4 (efficacité de l’entreprise) et sur les 5 meilleures usines de Lafarge à travers le monde, 2 étaient marocaines. Dans le même temps, le nombre de cadres a presque triplé, dont une bonne part par promotion interne.

Se trouvent ainsi confirmés par les faits les propos de Jean-Paul II sur le fait que" la caractéristique du travail est avant tout d’unir les hommes" (Laborem exercens) et que "le développement intégral de la personne dans le travail…favorise une meilleure productivité" (Centesimus annus)

L’engagement chrétien dans la culture et la communication par Père Thierry-Dominique Humbrecht o.p., Professeur de Philosophie et de Théologie
- Jeudi 23 février 2017

Le Christ est le Verbe fait chair, le Verbe communiqué. Pourtant, de la culture et de la communication, ses disciples sont les grands absents. C’est à cette réflexion que le Frère Thierry-Dominique Humbrecht s’est livré lors de sa communication à l’AES en février 2017.

Vingt mille prêtres, tel est le nombre de ceux qui, en raison de leur âge, ne pourront bientôt plus assurer leur charge. Or la France compte seulement huit cents séminaristes. Dans l’Eglise, les beaux projets sont nombreux, mais quels qu’ils soient ils se heurtent à la réalité du faible nombre d’acteurs, dans le clergé comme chez les laïcs.

Concernant plus particulièrement les laïcs, comment se fait-il que les catholiques, pourtant défenseurs de la transmission, aient majoritairement déserté le monde de l’enseignement, de la culture et de la communication ? Le constat d’une étanchéité entre la foi et le métier choisi est criant, bien des familles chrétiennes préférant orienter leurs enfants d’abord vers des métiers rémunérateurs. Cette étanchéité est sans doute aussi le fruit d’un certain penchant pour la pratique de l’enfouissement selon laquelle la présence d’un chrétien suffirait à deviner le Christ. Nous payons aujourd’hui le prix de dizaines d’années de silence.

D’où l’urgence d’une prise de conscience de l’importance pour les catholiques de disposer de très nombreux acteurs, cultivés et professionnels, dans les domaines de la culture et de la communication, qui s’engagent pour une œuvre réellement chrétienne. Le christianisme qui ne se dit pas est un christianisme qui se perd.

S’engager pour l’éducation de tous
par Éric Mestrallet, Fondateur et président de la Fondation Espérance banlieues
- Jeudi 16 mars 2017

Lors de la séance du mois de mars, le fondateur d’Espérance banlieue, Éric Mestrallet, est venu prononcer un véritable hymne à l’engagement. Il a donné aux membres de l’AES de mesurer le succès de cette initiative née en 2012, qui cherche à intervenir auprès des jeunes dans les banlieues pour lutter contre la tendance au repli sur soi.

Forte déjà de huit écoles, cinq autres pourraient ouvrir à la rentrée prochaine, et une vingtaine de projets sont dans les cartons. Autant d’initiatives qui s’inspirent d’une même recette, dont les cinq ingrédients essentiels sont le désir de former le jeune dans toutes ses dimensions afin de le responsabiliser, la capacité à lui redonner confiance, l’adaptation aux besoins différents de chacun, le point d’honneur à replacer les parents comme premiers éducateurs de leur enfants et ainsi à restaurer leur autorité, et l’engagement à porter un regard dépassionné sur les questions religieuses.

S’engager pour l’éducation de tous, voilà ce qui unit aujourd’hui dans l’aventure d’Espérance banlieue des professeurs, anciens ou jeunes diplômés ayant à cœur de rendre ce qu’ils ont reçu, tous nourris du désir de vivre leur vocation de transmission, et une société civile qui se mobilise pour recréer le lien sans lequel elle se délite.

Faire aimer la France, et pour cela donner aux jeunes de goûter une France incarnée, quitte à choisir de remettre au goût du jour le levé des couleurs et la Marseillaise, telle est l’approche de la Fondation Espérance banlieue qui cherche à rendre vivant le patrimoine français pour le rendre aimant à ces jeunes souvent en perte de repères. De même, les cours d’histoire de France ou parfois une visite des plages du débarquement pour des élèves de troisième, tentent de répondre aux trois piliers académique, éducatif et intégratif de ces écoles.

Cette mission nécessite un investissement de tous les jours, et repose sur le bel équilibre que forment ces chrétiens à la fois très engagés et très respectueux des jeunes et familles qu’ils servent, notamment sur les questions religieuses. Ainsi, Éric Mestrallet de conclure, l’engagement de ceux qui participent à l’aventure est contagieux, providentiel et missionnaire.

Valoriser le mariage et la famille
Aude Mirkovic, Maître de conférences en Droit privé Porte-parole de l’association Juristes pour l’enfance
- Jeudi 27 avril 2017

Valoriser le mariage et la famille, tel est le sujet de la communication qu’Aude Mirkovic a tenu le 27 avril 2017 à l’AES, tel est surtout son engagement quotidien comme juriste, maître de conférence à l’université d’Evry et porte-parole de l’association « Juristes pour l’enfance ».

S’il est difficile d’évoquer aujourd’hui la situation familiale des jeunes délinquants, de mener une enquête statistique à ce sujet, sans tomber sous le couperet du politiquement correct, il semble pourtant flagrant que les enfants bénéficient du mariage de leur parents, ou a contrario, subissent les divorces, séparations ou absence de ce ces derniers.

C’est parce que la société bénéficie du mariage qu’elle lui attache des conséquences juridiques. Celles-ci forment une rémunération du service rendu à la société que constitue le mariage, dans la mesure où il répond aux besoins de l’enfant en lui offrant un cadre de stabilité et de sécurité.

Or le mariage est fortement attaqué par les législateurs, et avec lui la pérennité de notre société, dès lors qu’il n’est plus que la reconnaissance sociale du couple quel qu’il soit. Amputé de sa dimension familiale, d’une part les besoins de l’enfant ne sont plus pris en compte, d’autre part les législateurs ont institué de vraies inégalités. En effet, si le mariage n’intègre plus la perspective de la procréation, pourquoi lui donner des conséquences juridiques qui rémunèreraient un service qui ne lui est plus proprement lié ?

D’où l’urgence, tant pour servir l’intérêt supérieur de l’enfant que pour servir la justice sociale, de valoriser le mariage, non pas pour favoriser le couple, mais pour favoriser l’engagement à fonder une famille. Pour répondre à cet impératif, il nous faut des personnes qui s’engagent à fonder une loi qui serve le bien commun – à nous d’élire de bons législateurs ! – mais il nous faut également des juges qui aient à cœur d’appliquer ces lois.

S’engager dans la cité pour le Royaume par Mgr Luc Ravel, Archevêque de Strasbourg, Administrateur apostolique aux Armées
- Jeudi 8 juin 2017

Faut-il s’engager dans et pour le monde alors que nous cherchons le Royaume de Dieu ? Telle est la question à laquelle l’archevêque de Strasbourg et administrateur apostolique aux armées, Monseigneur Luc Ravel, est venu répondre le 8 juin 2017, en nous rappelant que s’engager ne tolère pas de demi-mesure et suppose la passion et l’implication totale.

D’une mauvaise compréhension du rapport entre le temps et l’éternité, naît souvent une mauvaise conception de l’engagement lui-même, qui est alors réduit à une préparation pour le Royaume, comme s’il s’agissait d’éléments successifs. Or, avec Saint Augustin[1], Monseigneur Luc Ravel a redonné à l’engagement son poids d’éternité, en soulignant que s’engager fait advenir le Royaume lui-même de telle sorte qu’un soupir d’éternité prend chair dans le temps.

La cité céleste vit en exil sur cette terre et elle recrute des citoyens partout. Fort de cette conception de deux cités entremêlées, terrestre et céleste, Mgr Luc Ravel a poursuivi avec Charles Péguy[2] et Pierre Teilhard de Chardin, pour rappeler qu’il faut s’engager non pas malgré le monde, mais en « concili[ant] le naturel et le surnaturel dans une aspiration unique »[3].

Le Concile Vatican II a pris à bras le corps cette question de l’engagement dans sa constitution pastorale Gaudium et Spes en s’attachant à la question du rapport entre le temps et l’éternité à travers celle du rapport entre le monde et l’Eglise. La compénétration de la cité terrestre et de la cité céleste ne peut être perçue que par la foi. Avec cette dernière, l’engament pour le Royaume passe par l’engagement pour la cité, pourvu que ce dernier aille au bout de ce qu’elle porte, sans chercher à la contourner.

[1] Saint Augustin, La Cité de Dieu

[2] Charles Péguy, Cahiers de la Quinzaine, « Eve »

[3] Pierre Teilhard de Chardin, Note pour servir à l’évangélisation des temps nouveaux

Les communications du cycle de réflexion de l’Académie d’éducation et d’études sociales sont ouvertes à ses membres et ses invités.

Contact : contact@aes-france.org

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