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Thème 2008-2009 : Qu’est-ce que l’homme ?
12 octobre 2009

« Qu’est donc l’homme, que Tu en gardes mémoire, / Le fils d’un homme, que Tu en prennes souci ? / A peine le fis-Tu moindre qu’un dieu, / Le couronnant de gloire et de splendeur ; / Tu l’établis sur l’œuvre de Tes mains, / Tout fut mis par Toi sous ses pieds. » (Psaume 8) /

De nos jours, il est devenu banal de traiter certains êtres humains comme s’ils n’en étaient pas : ainsi des enfants dans le sein de leur mère, ainsi des embryons devenus objets d’expérimentation, ainsi des humains parvenus à la fin de leur existence et considérés comme indignes de vivre, voire des personnes handicapées que la justice hésite à protéger de leur élimination pure et simple. Dans le même temps, la protection des grands et petits animaux dépasse celle de certains humains.

On devine l’émergence d’une pratique, sinon d’une idéologie qui effectue un tri entre les humains, désignant ceux qui doivent être considérés comme tels. Ainsi, malgré la référence omniprésente aux Droits de l’Homme, peut se poser la question : « Qui a droit aux droits de l’homme ? » Il en va de même à propos de la nature de certains êtres, actuels ou futurs, comme les hybrides dont la fabrication vient d’être autorisée en Grande-Bretagne.

L’Académie d’éducation et d’études sociales, qui réfléchit sur le monde actuel à la lumière de l’enseignement social chrétien, propose pour l’année 2008-2009 d’aborder la question posée par le Psalmiste : « Qu’est-ce que l’homme ? ». Elle prendra connaissance de la façon dont un comité d’éthique tente d’y répondre. Elle traitera notamment de la profondeur de la différence entre l’homme et l’animal, des frontières de la vie humaine, des enjeux actuels de la filiation. Elle se demandera si l’on peut parler de sciences humaines, et encore ce qu’est l’humanisme chrétien d’après Jean-Paul II. Une année riche de confrontations sur un thème très fondamental.

L’homme et l’espèce humaine

Didier SICARD Président d’honneur du Comité Consultatif National

L’animalité de l’homme - Réflexions sur la personne humaine

Jean-Marie MEYER Agrégé de philosophie

"Un animal qui interroge et qui s’interroge voilà ce qui est à penser lorsqu’on cherche à comprendre le sens de cette définition : l’homme est un animal raisonnable. Il convient également de revenir sur l’exacte signification du mot "personne" si l’on veut exprimer jusqu’au bout loriginalité de chaque homme, compris dans l’unité profonde de l’esprit et de la matière."

Peut-on encore parler de sciences humaines ?

Jean-François LAMBERT Maître de Conférences en Neurosciences à l’Université Paris 8

« L’homme occidental n’a pu se constituer à ses propres yeux comme objet de science […] qu’en référence à sa propre destruction […] » (Michel Foucault). Aurait-on jamais dû parler de sciences humaines sinon de Science Humaine ? Notre réflexion se devra de préciser d’abord les enjeux et les limites de ce qu’il convient d’appeler « science » et d’envisager ensuite ce qui peut être considéré comme spécifiquement humain. Certains proclament la fin de « l’exception humaine » (Jean-Marie Schaeffer), d’autres envisagent la « création » d’un « homme augmenté » (courant dit transhumaniste), d’autres encore osent affirmer qu’un cochon adulte est davantage une personne qu’un nouveau-né humain (Peter Singer), qu’en est-il vraiment ? Assiste-t-on à l’accomplissement ultime du réductionnisme physicaliste à l’œuvre principalement dans les sciences de la vie et de « l’esprit » ? A partir d’une relecture critique du paradigme des (neuro)sciences cognitives nous tenterons de montrer que « quelque chose » résiste à la réduction (échappe au formalisme) de sorte que tout discours scientifique raisonnable se devrait de prendre en compte sa propre incomplétude et donc de reconnaître que la science n’a pas l’exclusivité du savoir sur l’homme et qu’elle ne rend pas caduque la question du Sens.

Les frontières de la vie

Mgr Michel AUPETIT Vicaire général de Paris

Quels critères de jugement peuvent permettre d’éclairer notre discernement dans la complexité des pratiques médicales actuelles et dans les choix difficiles que la biotechnologie rend possibles ? Quels critères appeler pour fonder, en ce domaine, solidement, et par delà toute convention entre les hommes, la distinction du bien et du mal ? Que le regard se porte sur le début ou sur la fin de la vie, c’est vers l’homme qu’il se tourne. Dès lors, ce qui importe n’est pas la procédure - elle est de l’ordre du moyen - mais le but visé par l’acte. Et ce but doit être dicté par le respect de la dignité intrinsèque de l’homme, qui ne dépend ni de la décision d’un tiers, ni d’une capacité reconnue mais du seul fait d’exister. La dignité ne repose pas sur la fonctionnalité mais sur la nature de l’homme, commune à tous, de l’embryon au vieillard. Ainsi le vrai débat que soulève la bioéthique est-il anthropologique. Mais, si, en matière de respect de la vie, la référence doit être la réponse à : qu’est-ce que l’homme ? ne se trouve-t-on pas invité à s’interroger ensuite sur ce qu’est la vie ?

Etre né de… : enjeux actuels de la filiation

Xavier LACROIX Membre du Comité Consultatif National d’Éthique

« Avant le « cogito », en amont de la liberté vient d’abord le fait d’être vivant et donc d’être né. Or, « personne jusqu’à ce jour n’a réussi à naître tout seul » (F. Quéré). La personne n’est pas une monade, mais d’emblée relationnelle. Etre ou fils ou fille de… situe dans un réseau de relations que l’on nomme « famille ». Divers débats ont lieu aujourd’hui autour de la définition de cette dernière. Certains tentent de présenter la triangulation « père – mère – enfants » comme seulement culturelle et contingente. Mais les alternatives proposées dissocient les différentes dimensions de la filiation et, finalement, de la vie. Nous montrerons que la cohérence de la filiation va de pair avec l’unité vivante entre les trois dimensions de la filiation : corporelle, sociale, relationnelle. Nous penserons aussi la filiation humaine en référence à une filiation radicale, première, celle qui nous relie à l’Origine. »

Solitude et communion

Thibaud COLLIN Philosophe, essayiste

« Le sens du mot solitude est ambivalent. Il peut connoter repliement sur soi, incompréhension ou rupture des liens avec autrui. Mais la solitude peut être vue comme révélateur de la condition humaine ; ainsi chaque homme est seul devant sa propre mort. Dans certaines situations, les choix ne peuvent être pris que dans un colloque intime avec sa conscience morale. L’homme se doit d’assumer cette solitude métaphysique et psychique afin de devenir lui-même. Ce n’est que par ce passage dans le creuset de la solitude que la communion des personnes se distingue de la confusion. Mais si la solitude nourrit la communion, celle-ci exige des sujets humains une continuelle ascèse pour être davantage soi-même. C’est ainsi dans cet aller et retour que l’homme comme « animal conjugal et politique » (Aristote) peut réaliser la plénitude de son humanité. À l’aune de cette articulation, la matrice rousseauiste de notre modernité sera interrogée. »

Qu’est-ce que l’humanisme chrétien ?

Yves SEMEN Directeur de l’institut Philanthropos

« Tenter de répondre à cette question suppose au préalable de savoir si l’on peut donner une définition proprement chrétienne de l’homme.

Le Concile de Vatican II semble s’y être risqué dans sa constitution pastorale Gaudium et spes sur l’Eglise dans le monde de ce temps qui énonce (n°24 §3) : « L’homme, seule créature sur terre que Dieu a voulu pour elle-même, ne se trouve pleinement que dans le don sincère de lui-même ». « Dans ces paroles du Concile est résumée toute l’anthropologie chrétienne » n’hésite pas à affirmer Jean-Paul II qui y voit même « la définition de l’homme que nous a donnée le Concile de Vatican II ».

C’est donc cette définition que nous nous proposons d’explorer d’abord pour tâcher d’en saisir toutes les résonances, d’interroger ensuite pour en découvrir la source dans la riche réflexion anthropologique développée par Jean-Paul II, avant d’en esquisser les conséquences aux plans éthique et politique et de tenter de discerner les horizons qu’elle découvre pour un renouveau de l’humanisme chrétien. »

Conclusions et propositions

Michèle VAUTHIER Médiéviste, doctorante d’État, membre de l’AES

et Philippe LABURTHE-TOLRA Doyen honoraire de la Faculté des Sciences Humaines et Sociales de la Sorbonne-Paris V, René-Descartes, Président de la Société des Africanistes, membre de l’AES

mél : contact@aes-france.org

Académie d’Education et d’Etudes Sociales
5, rue Las Cases / 75007 Paris

 
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